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racines.jpgLes racines intellectuelles du mouvement d’indépendance de l’Inde (1893 – 1918)

 

Prithwindra Mukerjee, Editions Codex

 

Voilà un livre qui intéressera les amateurs d’histoire, livre qui cherche à expliquer les racines du mouvement d’indépendance incarné par Gandhi. Comme le rappelle justement Jacques Attali dans le préface de cet ouvrage, « Trop longtemps en effet on a voulu penser que la non-violence de Gândhi avait suffi à chasser les armées du colonisateur. Il n’en est rien. Il a fallu, avant que Gândhi ne réussisse à animer le vaste mouvement social des années trente, le grand mouvement intellectuel d’Aurobindo, de Bâghâ Jatin, et de tous ceux qui combattirent avec eux, parfois jusqu’à la mort, pour que l’Inde prenne conscience d’elle-même ».

 

On l’aura compris, ce livre évoque ce qui s’est passé en Inde entre 1893 et 1918, et qui a permis le déclenchement de cette révolte sociale et politique animée et suscitée par Gândhi.

 

Le livre résulte d’une thèse de doctorat soutenue en 1974 sous la direction de Raymond Aron à l’Université de Paris IV, le jury étant présidé par Emmanuel Le Roy Ladurie.

 

De fait Gândhi n’est pas apparu spontanément, ex-nihilo, en Inde et il est évident que sa pensée a été influencée par Sri Aurobindo (1872-1950) ou par Tagore (1861-1941).

 

L’action de Sri Aurobindo a été déterminante dans l’évolution des idées ; dés 1893, dans une série d’articles, Sri Aurobindo dérange les esprits par ses critiques acerbes contre les pétitions modérées que le Congrès national formulait prudemment auprès de Sa Majesté. Il s’inquiète de la tragique absence en Inde d’une juste perception de son propre passé, de l’absence de conscience de sa force actuelle et de l’absence d’un rêve légitime de son avenir national. Le peuple indien est démuni parce qu’assujetti. Il prônera ensuite des actions radicales qui n’étaient pas du tout incompatibles, selon lui, avec un mysticisme ardent.

 

Le premier de ces hommes qui a joué un rôle important dans l’avènement du mouvement indépendantiste est Rammohun Roy (1772-1833) qui a été un réformateur hindou influent. Il protestera contre les abus de la Compagnie des Indes anglaise, notamment sur l’affaire du sel. Admirateur de la France (il apprit le français), il était considéré par Max Müller comme le premier à effectuer une synthèse entre l’Occident et l’Orient. En 1831, ce nationaliste propose à Talleyrand la création d’un Congrès multinational, une véritable préfiguration de l’ONU.

 

On peut citer aussi Rajnarain Basu (1826-1899), ami du père de Tagore, écrivain de la période de la Renaissance bengalie et militant nationaliste. Un autre défenseur de l’indépendance fut Bankim Chandra Chatterjee (1838-1894) un écrivain qui donnera une impulsion décisive au roman bengali. Mais l’âme du nationalisme militant est incarnée par Bal Gangadhar Tilak (1856-1920) qui fut professeur et journaliste et qui s’insurgea contre le pouvoir colonial. Selon Aurobindo, Tilak fut « l’un des deux ou trois  meneurs du peuple indien qui incarnaient la tentative nationale, les capitaines de l’aspiration nationale envoyés par Dieu ».

Ce livre a de surcroît le mérite d’évoquer un chapitre peu connu de ce mouvement révolutionnaire indien, à savoir l’action des révolutionnaires indiens à l’étranger. Parmi eux, on peut citer Madame Cama une des fondatrices de la Paris Indian Society qui se rapprocha du mouvement socialiste international et qui aida les indépendantistes indiens notamment par des livraisons d’armes.

 

Le livre est un peu ardu certes, mais il est riche en documents et en informations. Il permet de mieux comprendre le rôle et l’action de tous ces intellectuels qui ont préparé les esprits à l’indépendance.

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