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28 mai 2011 6 28 /05 /mai /2011 08:27

Cela est peu connu mais il y eut une présence québécoise aux Indes, du temps de la colonisation britannique. Et parmi eux, il faut signaler cette famille Lotbinière dont plusieurs membres viendront en Inde. La famille Lotbinière est une des familles anciennes du Québec, titulaire d’une Seigneurie, héritage importé de l’ancien Régime. Le plus célèbre des Lotbinière fut Hector Joly de Lotbinière, premier ministre du Québec (1878-1879) et gouverneur de la Colombie-Britannique (1900-1906). Son frère Edmond-Gustave (1832-1857), ses fils, Henri-Gustave (1868-1960) et Alain (1862-1944), et ses petits-fils Henri Alain (1896-1985) et Edmond (1903-1996) ont tous travaillé en Inde.

 

Nous nous arrêterons plus particulièrement sur Edmond-Gustave qui viendra à deux reprise sen Inde comme lieutenant de l’armée des Indes et qui sera tué à Lucknow lors de la fameuse Révolte des Cipayes (1857/1858).

 

Enrôlé dans l’armée britannique en 1849, il attendait le jour de son départ pour l’Inde. L’appel survint l’année suivante lorsqu’il fut envoyé à Bombay. Arrivé au mois d’août 1850, il visita Allahabad, Varanassi et Delhi avant d’être affecté une année à Jullundhur. Ses voeux seront exaucés quand il apprendra qu’il sera envoyé dans les environs de Peshawar. Durant son séjour de trois années au Cachemire il se mit à l’étude du perse. Il quitta l’Inde en 1855 pour rejoindre les forces britanniques qui entouraient Sébastopol durant la guerre de Crimée (1854-56). Mais il tombera malade et sera rapatrié en Angleterre.

 

Afin de moderniser la milice canadienne, une nouvelle loi sera adoptée en 1855 qui prévoyait l’entraînement de volontaires prêts à offrir leur service à l’empire. La milice de Québec devait servir principalement à maintenir l’ordre dans la colonie tout en préparant une force militaire capable de remplacer les troupes britanniques interpellées ailleurs dans le monde. Lorsque se déclara la guerre de 1857, la milice de Québengal-native.jpgbec se porta volontaire pour épauler les forces britanniques en Inde. C’était la première fois dans l’histoire du Québec qu’un bataillon se portait volontaire outre-mer. De retour au Canada après la guerre de Crimée, Edmond-Gustave repartit pour l’Europe où il apprit la nouvelle de la guerre en Inde. Sans attendre, il s’embarqua sur un navire qui le ramena à Calcutta.

 

Arrivé au mois d’août 1857, il voulut rejoindre son 32e régiment, assiégé à Lucknow. Dans une lettre adressée à ses parents: « Me voici enfin arrivé à la fin de ce long et désagréable voyage. Mais quelles nouvelles! Tout le Bengale est soulevé. Les Indiens ont commis des meurtres et des crimes atroces surtout contre les pauvres femmes c’est quelque chose d’atroce ce qu’ils leur ont fait endurer. Le peuple est tellement excité et agité que je me fais tout servir tranquillement. Mon pauvre Régiment est à ce que l’on croirait exterminé; l’on a pour certain les morts de 5 officiers – Toutes les femmes et enfants furent massacrées à Campore [Kanpur] où on les avait laissés pour plus grande sûreté. Les mutins sont pires que les Chinois. Ils tendent aux Indiens de l’Amérique. [...] Gare à ces canailles si je les trouve au bout de mon revolver! »

 

Le journal d’Edmond-Gustave contient de longs descriptifs de ses patrouilles durant son séjour en Inde. Dans une lettre à son père en juin 1850, il écrit « on nous fait espérer que l’hiver prochain, dans 5 mois, nous aurons une campagne dans le Caboul ou au Cachemire ».

 

Son désir de faire ses preuves dans des campagnes historiques est flagrant lorsqu’il déclare à sa mère en mai 1850: « Dans quelques mois je vais être envoyé dans une campagne; combat, gloire, honneur, voilà à quoi j’aspire. Temps heureux, Oh! Approche. Mais au lieu de ce bel avenir si c’était tout le contraire. Si au lieu d’avancer au combat; je reculais; au lieu de la gloire la honte au lieu des honneurs; la lâcheté. Mais non, à l’exaltation que j’éprouve, seulement en y pensant je ne peux pas me conduire ainsi. Impossible ».

 

Un passage intéressant du journal ajoute de la lumière sur la grandeur des guerres coloniales effectuées par l’Angleterre comme celle de l’opium. Lors de son séjour à Calcutta, Edmond-Gustave rencontra Lord Elgin, ancien Gouverneur Général du Canada, en route vers la Chine pour mettre un terme à la deuxième guerre de l’opium et forcer la signature du traité Tianjin qui en aurait légalisé le commerce. Ce commerce valait bien une guerre contre la Chine puisque l’opium servait à contrebalancer le déficit commercial généré par des importations mabe081810_lores.jpgssives de thé. L’utilisation récréative de l’opium connaissait le sort de la mondialisation coloniale, libre-échange oblige, quand l’Angleterre jouissait du monopole de production en Inde et de vente en Chine, ses canons pouvaient défendre sa diffusion. En pleine guerre de résistance, Edmond-Gustave rencontra Elgin et lui expliqua son désir de rejoindre son bataillon et de défendre l’empire. Elgin refusa de lui accorder une permission jugeant l’audace périlleuse. Malgré tout, Edmond-Gustave put se rendre à Lucknow où il mourut.

 

Au dix-neuvième siècle, il n’y avait pas de restriction à consommer de l’opium contrairement à aujourd’hui. Cette drogue gagnait en popularité pas seulement en Chine mais en Occident également. En plus, elle fut un outil indispensable de l’impérialisme. L’Angleterre en Inde, les Hollandais en Indonésie, les Américains en Turquie et les Français en Indochine ont tous utilisé cette plante payante (cash-crop) à des fins impérialistes. Après avoir consommé des cigares d’opium à Southampton, Edmond-Gustave explique candidement à son père son aventure avec l’opium en mars 1850 :

« Je suis tombé comme une masse de plomb, mes yeux se ferment et alors, chose incroyable, je fais les rêves les plus singuliers tout en entendant (tout) le bruit qui se fait autour de moi [...] Me croyant attaqué d’une fièvre quelconque, là je m’endors de nouveau, et de nouveau je fais des rêves assez agréables. [lendemain matin]. J’aipensé immédiatement que dans ces cigares on avait mis de l’opium; je suis allé chez la marchande qui m’a avoué qu’elle avait des cigares faits à l’opium, et comme ils ressemblent beaucoup à ceux que j’avais fumés par mégarde elle les avait peut-être mêlés. A l’heure qu’il est, je ne m’en ressens plus du tout, je suis même assez content car je désirais connaître quel effet l’opium a sur vous ».

 

Ce premier Lotbinière au Cachemire symbolise aussi le début de la suprématie anglaise sur le monde. Les prochains Lotbinière qui se pointeront au Cachemire aideront à consolider cet empire, non par les armes mais par la technologie.

 

 

Source

Synergies Inde n° 3 - 2008 pp. 129-140

Serge Granger - Université de Sherbrooke

Les Lotbinière au Cachemire avant la première guerre mondiale

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Published by Olivia et Geoffroy - dans Histoire
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