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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 14:41

Derrière des nimbes brumeux, vertes et humides, les collines du Nagaland. A la frontière birmane, le Nagaland est de ces terres isolées et méconnues dont l’enclavement a nourri et renforcé les particularismes, et qui demeurent aujourd’hui encore, physiquement et culturellement, à mille lieues du reste de l’Inde.

 

brume.jpg

 

Nagaland, « terre des Nagas ». Ensemble disparate et hétérogène de tribus dont le principal dénominateur commun est leurs origines tibéto-birmanes, le « peuple naga » est davantage un artefact des autorités britanniques du Raj qu’une réalité anthropologique. Les Nagas se divisent en une trentaine de tribus ; une quinzaine d’entre elles (angami, rengma, zeliang, kuki, kachari, chakhesang, chang, phom, ao, khiamniungam, sangtam, yimchungrü, lotha, sumi, konyak) vivant dans les limites administratives du Nagaland, les autres se répartissant dans les Etats voisins de l’Arunachal Pradesh, de l’Assam, du Manipur et au Myanmar. Plus de soixante dialectes aux accents chinois, tibétains et birmans cohabitent, traduisant la diversité des villages, autant que leur isolement mutuel.

 

Le Nagaland cesse d’être un espace vide sur les cartes des autorités britanniques lorsque celles-ci annexent en 1828 l’Assam et décident d’envoyer des corps expéditionnaires dans les collines de l’est. Ceux-ci se heurtent rapidement à la résistance farouche des guerriers nagas et ce n’est qu’en 1878 que les soldats de la Couronne assoient leur domination, imposant de facto une pax britannica fragile. Dès lors, le Nagaland restera une périphérie marginalisée du Raj, fermement tenue mais délaissée.

 

Si l’on veut comprendre la situation actuelle de cette région, secouée à de nombreuses reprises par de violents conflits, il faut garder à l’esprit la position particulière des périphéries au sein des Empires et des Etats nouvellement indépendants. La plupart des Empires pré-modernes se caractérisaient par une forte centralisation du pouvoir en la capitale et le manque de ressources humaines et de moyens de communication conduisait à un relatif « délaissement »  des périphéries. Au sein de ces Empires, ces périphéries devenaient des zones grises, terreau de dissidence, creuset de conflits internes, échappant au pouvoir de coercition de la capitale et conservant une identité locale forte. Lorsque les nations européennes colonisèrent ces Empires régionaux, ils pacifièrent les régions frontalières –perçues comme reculées, inaccessibles ou tout simplement inutiles– sans pour autant les intégrer véritablement. Ces régions devenaient donc des périphéries dans la périphérie.

 

Au lendemain de leurs indépendances, les anciennes périphéries (i.e. colonies) des métropoles européennes deviennent à leur tour métropole et ne cachent pas leur ambition de reprendre le plein contrôle de leur territoire. Tandis que l’administration britannique n’attachait que peu d’importance aux collines nagas, confiant leur administration à la province de l’Assam, l’Inde de Nehru va elle s’efforcer d’asseoir son autorité sur ses frontières, heurtant les aspirations autonomistes de territoires ne s’étant jamais réellement considérés comme indiens. Les origines des conflits récents se trouvent en partie contenues dans un texte de 1947, le Hydari Agreement (du nom du gouverneur de l’Assam) ou Nine-Point-Agreement, et plus précisément dans sa neuvième clause rédigée de la sorte :

 

« Le Gouverneur de l’Assam en tant que représentant du Gouvernement de l’Union indienne sera chargé d’assurer la correcte application de cet accord pendant une période de 10 ans. Au terme de cette période, le Conseil Naga devra décider s’il désire reconduire cet accord pour une nouvelle période ou si un nouvel accord concernant le futur de la population Naga devra être élaboré »

 

Les représentants nagas eurent bel espoir de voir en cette neuvième clause un droit à l’autodétermination, après une durée de dix ans, et le Conseil naga proposa même une nouvelle version de la neuvième clause, rendant plus explicite ce même droit (« Au terme de cette période, les Naga seront libres de décider de leur avenir »). Cette mouture fut rejetée par Hydari, qui demanda que sa version du Nine-Point-Agreement fût acceptée en l’état. Pressentant la duperie, le Conseil National Naga adressa à Nehru un ultimatum de trente jours avant que les Naga ne se séparassent de l’Union indienne si l’autodétermination n’était explicitement reconnue. Pour avorter la tentative de sécession, Hydari assura aux Naga que leurs revendications seraient entendues lors de l’Assemblée constituante, mais le gouvernement central démentit rapidement l’engagement pris par le gouverneur de l’Assam. Cette palinodie, perçue par les Naga comme une trahison, fut le premier pas vers une escalade de violence, que l’Union tenta d’enrayer en proclamant la loi martiale en 1958.

 

Pendant près d’une décennie, les collines du nord-est furent déchirées entre camps retranchés rebelles et bases militaires.

 

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