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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 13:51

Witold est étudiant à Sciences Po et effectue une année dans une école indienne à Bombay. Il revient d'un long voyage au Ladahk (nord de l'Inde) et nous lui avons demandé de nous faire un récit de son voyage.

Jeudi 24 septembre 2009, je laisse derrière moi Bombay, ses rickshaws, frétillante armée de scarabées noirs et jaunes, ses klaxons discordants, son gigantisme et sa démesure, son indécence et sa frénésie. Bandra Terminus, quai numéro 1, est le point de départ d’un périple de six semaines qui me mènera, je l’espère, en terres bouddhistes et dans le Cachemire. J’ai avec moi sac à dos, matelas de sol, une carte périmée et un recueil de poèmes d’Hafêz. Le reste sera improvisation.

 

La vallée de la Spiti est ma première étape himalayenne.

Terre indépendante à l’origine placée sous le sceau des seigneurs ‘Nonos’, la région fut, au fil des siècles, alternativement rattachée nolens volens au Tibet ou Ladakh, dont les rois respectifs se livrèrent à des guerres picrocholines dès le VIIe siècle et jusqu’à ce qu’un traité de paix signé en 1684 mît fin aux incessantes invasions mutuelles. Suite à l’Indépendance en 1947, elle est rattachée au Punjab puis à l’Himachal Pradesh, dont elle forme aujourd’hui un district avec le Lahaul, et fait partie de ces régions qui nécessitent un permis pour y rentrer.

 Lors de mon passage au check-point de l’armée, le militaire m’accueille en pyjama, dans son duvet, bonnet vissé sur les oreilles. Résolu à ne pas mettre un pied hors de son lit, il se redresse lymphatiquement contre son oreiller, jette un regard paresseux au précieux sésame auquel j’attachais une importance religieuse, griffonne quelques mots sur une feuille de papier qui doit tenir lieu de registre, et me voilà au Spiti. S’isoler dans ses paysages rocailleux aussi hostiles que les villages sont hospitaliers, c’est suivre la route qu’empruntaient les caravanes de la soie ralliant le Turkestan chinois, c’est aussi découvrir un monde où les traditions chamaniques sont encore vivaces et dont l’isolement a su préserver d’ancestraux héritages. Au milieu de ces étendues arides couleur terre de Sienne, quelques maisons chaulées se dressent parfois.

Aux alentours, de vieilles femmes voûtées portent sur leur dos des fardeaux d’herbes sèches et de maigres lichens. On entre alors dans une maison pour prendre le thé et chercher le réconfort d’un peu de chaleur. A 4200 mètres d’altitude, les températures nocturnes sont glaciales. Alors on se presse autour du poêle, et on tend les mains vers les flammes. Des rires fusent. De temps à autre, on ravive le feu avec une bouse séchée, qui se consomme rapidement en une gerbe de petites flammèches. Une grand-mère prépare, dans la baratte traditionnelle, le classique thé salé tibétain au beurre de yak, dans lequel on rajoute un peu de tsampa, la farine d’orge grillée locale. Dans un autre coin de l’unique pièce, un vieil homme tourne son moulin à prière d’une main, égrène son chapelet de l’autre et du bout des lèvres, il murmure quelques prières. Majoritairement bouddhiste, la population de Spiti serait la descendante sédentarisée de nomades himalayens – les Khampas, venant essentiellement de la région de Kham au Tibet – et de peuplades indo-aryennes. Spiti est de ces terres de démesure qui vous saisissent, vous déstabilisent, vous réduisent au silence, vous mettent à nu. De ces terres qui invitent à l’humilité. Je continue mon chemin, au fil des jours, jusqu’au Ladakh.


Le Ladakh, enfin !, le « pays des cols », dont le nom seul est une invitation au voyage. Les dizaines de bases militaires, tristes balafres défigurant la vallée de l’Indus, contrastent avec la virginité sauvage de Spiti. Cette déception s’éclipse bien vite dès lors que l’on s’enfonce dans des vallées plus reculées.
On découvre de multiples vestiges décrépis de palais en pisé, imposants héritiers déchus du Ladakh féodal, lorsqu’au XVe siècle, la région était divisée en deux royaumes : le Haut-Ladakh avec ses capitales de Leh et de Shey, et le Bas-Ladakh dont le pouvoir était sis à Basgo. Ces villes, quoique peu intéressantes en elles-mêmes, conservent des traces de leur grandeur médiévale. L’Islam est également fermement implanté à Leh depuis qu’en 1647 le roi Delek Namgyal sollicita l’aide du Cachemire face aux invasions mongole et tibétaine et dut en échange se convertir à la religion du prophète. On découvre les gompas, ces monastères cramponnés aux flancs de montagnes nues où vivent parfois jusqu’à plus d’une centaine de moines. Dans le du-khang, la salle de prière, trône Bouddha, l’Illuminé, entouré de dizaines de bodhisattvas, les « êtres sur la voie de l’Eveil ». Tous les jours, à l’aurore, y résonne la mélopée lancinante des prières matinales. Au rythme des tambours et des trompes s’élève une litanie de voix d’hommes récitant les mantras, formules liturgiques évoquant la sagesse, la compassion, la perfection, la longévité.

A SUIVRE

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