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5 octobre 2009 1 05 /10 /octobre /2009 08:45

Quelle vie étonnante que celle de Victor Jacquemont (1801 – 1832) !

On l’a surnommé le Schubert de la botanique car comme Schubert il ne vécût que 31 ans. Botaniste il fut oui, mais il était aussi médecin et minéralogiste. Une vie courte mais pleine de science et avec bien sûr l’Inde où il se rendit en exploration et où il passa les trois dernières années de sa vie avant d’être emporté par un abcès du foie.


Pour ceux de nos lecteurs qui n’auraient pas lu nos articles sur le Général Allard, nous les invitons à le faire car une partie importante de ces articles sur Victor Jacquemont est consacrée à la visite qu’il fit à Lahore et où il rencontra le Général Allard et Ranjit Singh.


Mais, on le verra, Victor ne fut pas qu’un scientifique. On a retrouvé les lettres qu’il écrivît lorsqu’il était en Inde et celles-ci témoignent de son talent pour l’écriture. Victor, qui  fut l’ami de Stendhal et de Mérimée, écrivait remarquablement et fréquemment et si sa vie est connue aujourd’hui c’est grâce à la correspondance très fournie qu’il entretînt avec ses amis.


Victor est le plus jeune des quatre enfants de Frédéric-François Wenceslas Jacquemont de Moreau (1757-1836) et de Rose Laisné. Ce dernier dut renoncer à son titre de noblesse après la nuit du 4 août. Il fut membre du Tribunat avant de devenir directeur général de l'instruction publique. Son engagement républicain et sa participation à la conspiration du général Claude François de Malet contre Napoléon lui valurent d'être emprisonné et banni par l'empereur. Il transmit à son fils Victor son esprit aventurier, sa curiosité et sa vivacité d'esprit, son goût pour la justice ainsi que sa passion pour la lecture et les idées des Lumières. Il lui offrit de solides études au lycée impérial, aujourd'hui lycée Louis-le-Grand et au Collège de France.


Bachelier en 1822, Victor Jacquemont mène en parallèle des études de médecine, de géologie et de botanique avec René Desfontaines, auteur de L’Herbier du Muséum d’Histoire naturelle de Paris et professeur de botanique de renom de l'époque. Avec ses amis Adrien de Jussieu (dont le père est professeur de botanique) et Adolphe Brongniart, il fonde la Société Naturaliste de Paris. Son implication l’amène à faire des voyages d'exploration botanique en région parisienne, dans le midi, dans le nord de la France, en Belgique, dans les Cévennes et dans les Alpes. Il suit même une formation particulière au Muséum d'histoire naturelle avec le minéralogiste Alexandre Brongniart, le paléontologue Geoffroy Saint-Hilaire, et le grand Georges Cuvier.


Les échecs amoureux


Travailleur acharné le jour, cet amateur de musique fréquente les salons la nuit. C'est ainsi qu'il se lie d'amitié profonde avec Stendhal (né en 1783) qui lui soumettait ses écrits avant impression, et avec Prosper Mérimée (né en 1803). Il y croise Alexandre Dumas (né en 1802) et fait la connaissance d'Adélaïde Schiassetti, célèbre cantatrice italienne de l'époque dont il tombe éperdument amoureux mais qui semble plus proche de son ami Stendhal.
Victor Jacquemont, ami intime de Stendhal et Mérimée, a donc été amoureux d’Adélaïde Schiassetti, comme il le fut de Judith Pasta. Mais sa grande passion fut Mme de Lavenelle, femme d'un espion possédant 40.000 francs de rente et qui avait charge de rendre compte aux Tuileries des actions et propos du général de Lafayette. Le portrait que nous en a laissé Stendhal n'est cependant pas du tout pas flatteur : « C'était une femme sèche comme un parchemin, sans nul esprit, et surtout sans passion. Elle ne pouvait être émue que par les belles cuisses d'une compagnie de grenadiers défilant dans le jardin des Tuileries en culottes de Casimir blanc ». Voilà qui est sèchement dit !

Comme nous l’avons dit Victor et Stendhal étaient amis ; Stendhal a laissé une description de son ami Victor : « Ce Jacquemont est un jeune homme de beaucoup d'instruction et d'esprit ! Outre la botanique, il cultive encore la géologie et la minéralogie. Il est fort en chimie ; il a été l'un des préparateurs du cours de Thénard. C'est un grand jeune homme, sec et voûté. Il a bien 5 pieds 8 pouces, il est d'une santé frêle et est, de plus, menacé de phtisie. Il a la vue faible, mais sa physionomie est fine et spirituelle. Sa mémoire est heureuse et fournie d'une multitude de mots plaisants, de chansons- parades, etc. Il nous amusait beaucoup quand il nous récitait la fable du Corbeau et du renard en jargon moitié anglais, moitié français. »

Victor était assurément un curieux personnage qui ne se livrait pas facilement et qui ne cherchait nullement à briller ; mais il n’hésitait pas à dire les choses. Prosper Mérimée raconte l’anecdote suivante : «
il avait beaucoup lu, mais jamais en vue de se former le style. Jamais l'idée d'offrir au public ses pensées et ses impressions ne lui était venue à l'esprit ; je crois même qu'il y répugnait complètement. De sa part, il n'y avait ni orgueil ni modestie; mais s'adresser au public lui eût paru aussi étrange que de parler de ses affaires à un inconnu. Je me souviens qu'à propos d'une scène d'amour dans un roman qu'on trouvait belle, quelqu'un disait que l'auteur avait si bien réussi parce qu'il racontait une aventure qui lui était arrivée : « Que penseriez- vous, dit Jacquemont, d'un chirurgien qui ferait une préparation anatomique de sa maîtresse, et l'exposerait dans le cabinet de l'Ecole de médecine? » Chacun se récriant d'horreur, Jacquemont dit que l'anatomiste valait pourtant mieux que l’homme de lettres : « Le roman de celui-ci n'apprendra à personne à faire l'amour, tandis que la femme disséquée sera utile aux étudiants. »


A SUIVRE

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