Partager l'article ! Le Général comte de Boigne (2/9): Enfance Né le 24 mars 1751, Benoît Leborgne est le fils d'un marchand de pelleteries de Cham ...
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"Le voyage est une espèce de porte par où on sort de la réalité comme pour
pénétrer dans une réalité inexplorée qui semble un rêve."
G de Maupassant
Enfance
Né le 24 mars 1751, Benoît Leborgne est le fils d'un marchand de pelleteries de Chambéry. Son grand-père paternel, né à Burneuil en Picardie, s'était installé à Chambéry, dans le duché
de Savoie, au début du XVIIIe siècle. En 1709 il avait épousé Claudine Latoud, née
en 1682. Ils eurent treize enfants, dont quatre seulement atteignirent
l'âge de vingt ans, et établirent un négoce de fourrures rue Tupin à Chambéry.
L'enfant est né d'un mariage d'amour. Sa mère, Hélène Gabet, née en 1744, est issue d'une lignée de notaires très proches du Sénat de Savoie. Bien que sa famille soit peu enthousiasmée par son alliance avec un petit commerçant de fourrures, ils consentent à ce mariage. Ce mariage heureux donne naissance à sept enfants dont le troisième est Benoît. Parmi ses trois frères et ses trois sœurs, certains ont eu un parcours remarquable. Son frère Joseph deviendra un brillant avocat à Turin. Benoît, qui est destiné au barreau, n'est pas le seul à être un aventurier attiré par les horizons lointains. Son frère Claude se rend à Saint-Domingue. Emprisonné à Paris durant la Terreur, il devient quelque temps plus tard député de l'île de Saint-Domingue au Conseil des Cinq-Cents pendant le Directoire. Sous le Premier Empire, il est nommé fonctionnaire à Paris. Il prend le titre de baron de Boigne. Ce titre fut donné, comme cela fut le cas pour le titre de Benoît, par le roi de Piémont-Sardaigne, en 1816.
Mais revenons au jeune Benoît dont l’enfance est imprégnée de la boutique de son père.
Dans ses Mémoires, il raconte comment il était fasciné par l'enseigne exotique de ce magasin : celle-ci représentait, avec des couleurs vives, des animaux sauvages parmi lesquels
figuraient des lions, des éléphants, des panthères et des tigres, avec en dessous pour devise : « Vous aurez beau faire, beau crier, vous viendrez tous chez Leborgne, le
pelletier ». L'imagination de l'enfant est alors galopante, il interroge régulièrement ses parents et grands-parents sur ces animaux. Il veut savoir où ils vivent, les voir et connaître
ces contrées lointaines qui accueillent une faune si singulière.
Son père, Jean-Baptiste Leborgne, né en 1718, est contraint par son métier à de fréquents voyages. Il parcourt toutes les foires à sauvagine d'où il rapporte des fourrures d'ours, de
renards, de castors et de bien d'autres espèces d'animaux. Son commerce le pousse parfois jusqu'en Écosse. Il songe à plusieurs reprises à se rendre aux Indes, projet
auquel sa femme s'oppose mais qui marque son fils.
À l'âge de dix-sept ans, Benoît Leborgne blesse un officier piémontais lors d'un duel. Cette mésaventure l'empêche d'intégrer la Brigade de Savoie. Il s'engage alors dans l'armée française.
Sa carrière militaire débute dans le nord de la France. Il est simple soldat au sein du régiment irlandais de Louis XV dirigé par lord Clare et cantonné
en Flandre. Ce régiment est formé essentiellement d'émigrés irlandais ne souhaitant pas servir les
Anglais. A l'époque les Irlandais qui quittaient leur terre natale, se rendaient généralement soit en France soit dans les treize colonies d'Amérique du Nord, là où leur haine pour la tutelle
anglaise trouvait un écho. Il y apprend peu à peu les rudiments du métier et l'anglais. Il écoute les récits militaires de ses supérieurs et plus particulièrement ceux du major Daniel-Charles
O'Connel qui raconte ses faits d'armes aux Indes. Il retrouve bien plus tard en Angleterre ce major qui lui permettra de faire la rencontre de sa future femme Adèle qu’il épousera en 1798. Au sein de ce régiment, il participe à de nombreuses campagnes militaires qui le font
voyager à travers l'Europe mais qui l'emmènent également dans les îles de l'océan Indien et notamment à l'île Bourbon
(aujourd’hui La Réunion). En 1773, à 22
ans, Benoît Leborgne donne sa démission. L'Europe est alors en paix et en conséquence ses chances d'avancement sont devenues minces. De plus les décès de lord Clare et du colonel Meade qui
entraînent de nombreux changements, le confortent dans sa décision de quitter le régiment.
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