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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 14:40

Nous avions déjà évoqué dans ce blog la personne de François Bernier lors d’un article sur La Fontaine. Et nos lecteurs se souviennent du nom de François Bernier qui passera plusieurs années en Inde et qui laissera des écrits fort nombreux publiés dés son retour en France.

Ce livre est une réédition de ces écrits « Un libertin dans l’Inde Moghole » qui relatent le séjour qu’il fit en Inde de 1656 à 1669. Le livre est publié sous la direction de Frédéric Tinguely qui le préface de manière remarquable.

Né en 1620 prés d’Angers, rien ne prédispose François Bernier à connaître un jour les rigueurs climatiques de l’Inde.  Il suit les cours du philosophe Gassendi dont il deviendra le disciple. Il étudiera aussi l’astronomie ainsi que la médecine dont on nous dit qu’il obtiendra un doctorat en 4 mois à la faculté de Montpellier ! L’homme devait avoir une grande capacité d’assimilation à moins que les équivalences n’étaient plus simples à son époque…

En 1656, notre savant personnage rallie l’Egypte où il contracte la peste en soignant le vice-consul français… Après un périple à Jérusalem, il part en 1658 en Ethiopie peut-être pour essayer de résoudre la question des sources du Nil. Sans que l’on sache pourquoi, peut-être s’agit-il d’un rêve oriental ou d’une curiosité qui ignore les frontières, le voici débarquant en Inde début 1659 et très vite à la cour d’Aurangzeb embauché comme médecin. Aurangzeb étant le dernier grand empereur Moghol.

Pendant ce long séjour aux Indes, à la cour du Grand Moghol, Bernier reste en liaison avec la France et des lettres sont échangées régulièrement avec ses quelques correspondants.

Au retour de son voyage de treize ans, Bernier en offre les fruits à Louis XIV, à Colbert et à la « République des Lettres ». Cet ensemble littéraire (que l’on appellera plus tard « les Voyages ») s’organise en 4 volumes qui paraissent en 1670 et 1671. Ce matériau si riche et si neuf va bénéficier d’une importante diffusion en Europe.

Bernier va raconter dans le détail ce qui se passe chez le Grand Moghol et notamment les innombrables intrigues de palais qui finissent généralement mal ! Il raconte aussi les batailles, les faits d’armes et décrit avec recul ce qu’il voit sans jamais prendre parti. D’une certaine façon il remet en cause les normes occidentales comme dans ce commentaire qu’il fera dans l’une de ses lettres : « Je sais qu’une des premières demandes que vous me ferez, quand je  serai de retour en France, sera si Delhi et Agra sont des villes aussi belles, aussi grandes et aussi peuplées que Paris. Pour ce qui est de la beauté, je vous dirai par avance que je me suis quelques fois étonné d’entendre ici de nos Européens mépriser les villes des Indes, comme n’approchant pas des nôtres au regard des bâtiments ; car aussi ne faut-il pas qu’elles leur ressemblent, et si Paris, Londres ou Amsterdam étaient dans l’endroit où est Delhi, il en faudrait jeter par terre la plus grande partie pour les bâtir d’une autre façon. »

Ces chroniques de François Bernier sont d’autant plus remarquables qu’Aurangzeb, le dernier des grands Moghols, est un personnage redoutable, tout entier fait de calculs et d’intrigues, un prodige d’artifice et de dissimulation. Mais Bernier est issu d’une culture libertine où dissimuler est un art de vivre ; il connaît les leçons de Machiavel et ne peut qu’admirer les manœuvres de celui qu’il présente à la fois comme un grand dévot, un grand animal politique et un grand roi.

Bernier est un chroniqueur ; il observe, se renseigne et raconte ce qu’il a vu, ce qu’on lui a dit, ce qu’il imagine. Certains passages sont croustillants. Nous sommes dans l’Hindoustan au XVII° siècle, ne l’oublions pas… Voici un petit passage savoureux qui en dit long sur les mœurs du lieu et de l’époque : « On dit donc que cette princesse trouva moyen de faire entrer dans le sérail un jeune homme qui n’était pas de grande condition mais bien fait et de bonne mine. Elle ne put, parmi tant de jalouses et d’envieuses, conduire son affaire si secrètement qu’elle ne fut découverte. Shah Jahan en fut bientôt averti et résolut de la surprendre, sous prétexte de l’aller visiter. La princesse, voyant inopinément arriver Shah Jahan, n’eut le temps que de cacher le malheureux dans une de ces grandes chaudières de bain, ce qui ne put se faire que Shah Jahan ne s’en doutât ; néanmoins, il ne la querella ni ne la menaça, il s’entretint même assez longtemps avec elle comme à l’ordinaire et enfin il lui dit qu’il la trouvait toute ma propre et toute négligée, qu’il fallait qu’elle se lavât et qu’elle prît le bain plus souvent, commanda fort sévèrement qu’on mît le feu à l’heure même sous la chaudière et ne voulut point partir de là que les eunuques ne lui eussent fait comprendre que le misérable était expédié ».

Les amoureux de l’Inde qui veulent se plonger dans l’Hindoustan du XVII° siècle seront comblés par ce livre.

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commentaires

Cougarrs 27/07/2014 15:55

Cet homme savait vivre, en bon libertin !

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