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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 06:43

Des années dures politiquement…


Les dernières années du souverain sont tristes. Il n'a pas ménagé ses forces, minées de surcroît par l'usage de la drogue. Il est malade et les deuils rongent son âme. Son fils Khurram, qui prendra comme nom de règne Djahangir, « Conquérant du monde », impatient d'arriver au pouvoir, se révolte contre lui. On pouvait en attendre le pire, il donnera le meilleur. Il y a sous son règne (1605-1627) et celui de son successeur Chah Djahan (1628-1658) une accumulation de richesses, un essor culturel sans précédent.

Certes les grands projets qui tiennent au cœur des souverains ne peuvent être réalisés. Le rassemblement des Indiens dans une même communion spirituelle tourne court. Il faut donner de nouveaux gages aux musulmans. Si Djahangir continue à converser avec les représentants de toutes les confessions et n'hésite pas à serrer contre son cœur des fakirs pouilleux, Chah Djahan, au cours d'une brève crise de fanatisme, est amené à sévir contre les Hindous, fait détruire des temples nouvellement édifiés à Bénarès, brûle une église pendant la guerre contre les Portugais et réduit hommes, femmes, enfants en esclavage. La reconquête de l'Asie centrale – de l'héritage de Tamerlan – coûte cher, échoue et s'achève par un désastre, malgré la prise de Bactres et de Termez. La progression dans le Deccan est presque nulle ; tout au plus soumet-on quelques principautés et oblige-t-on Bijapur et la fabuleuse Golconde à se reconnaître vassales (1635). Enfin, il y a la guerre incessante contre l'Iran, les jalousies et les rivalités des princes impériaux qui annoncent les événements du règne d'Awrengzeb.


… mais fécondes architecturalement


Quelle époque ! C'est celle des femmes, a-t-on dit, et c'est vrai. Nur Djahan, l'épouse de Djahangir, semble avoir à peu près toutes les qualités, celles de l'esprit et de l'âme, la culture, la sagesse, l'intelligence, et cette mesure qui lui permet d'atténuer ce qu'il y a de féroce en son mari, de freiner sa passion du vin ; celles du gouvernement qu'elle se garde bien d'exercer par elle-même, mais à travers son père l'Itimad-al-Daula – dont le mausolée à Agra est un joyau – et son frère Asaf Khan. Mumtaz Mahal, femme de Chah Djahan, est plus discrète encore ; peut-être n'a-t-elle pas les hautes vertus de Nur Djahan. Qu'importe ! Elle sait inspirer au souverain un amour fou, qui le soutient jusqu'à sa mort et qui lui fait construire, pour recevoir ses cendres, le Tadj Mahal d'Agra (1632-1649). Ce monument, un des plus beaux du monde, est inégalable par la science avec laquelle il a été construit, par ses diverses perspectives, toutes calculées avec soin à partir de chaque point d'observation, par la façon parfaite dont il traduit le symbole de la montagne cosmique, avec la base carrée de la terre ici représentée par la terrasse, le dôme du ciel et les quatre piliers de l'univers. Son caractère incomparable tient aussi à la beauté de ses lignes, au raffinement de son décor, à l'écrin que constitue son jardin, et jusqu'à cette mosquée et cette fausse mosquée rouges qui font repoussoir vers son éclatante blancheur. Il est inégalable, c'est entendu, mais, même sans lui, l'architecture des Moghols témoignerait de leur goût, de leur art de bâtir, de leur intense activité. Ce sont ces grandes mosquées qui se répondent de ville en ville sans se répéter et forment une guirlande posée sur le nord du pays, Fatehpur Sikri, Delhi, Lahore, Agra, et, avec moins de qualité, Tatta ou Peschawar, toutes érigées sur de grandes terrasses ceintes de galeries, avec portes monumentales, salles de prières moins vastes que la cour démesurée, ces hauts dômes bulbeux, ces minarets d'angle. Ce sont ces mausolées placés au milieu de jardins, vrais palais pour les morts, qui présenteront encore quelques beautés en 1754 (tombe de Safdar Djang à Delhi). Ce sont ces jardins enchanteurs en plaine (Shalimar, à Lahore, 1637) ou en montagne, à Srinagar au Cachemire, qui en conserve plusieurs inégalables. Ce sont ce que l'on nomme des forts, parce qu'ils en ont l'aspect extérieur, à Fatehpur, Agra, Delhi, Lahore, toujours impressionnants, parfois immenses (celui de Delhi couvre soixante-quinze hectares), mais qui sont de somptueuses résidences avec leurs salles d'audience, leurs chapelles (mosquées de la Perle), leurs pavillons et ces ruisseaux qui courent et sautent dans les jardins et dans les salles. Tout d'abord en grès rouge ou rose, cette architecture laisse, sous le règne de Djahangir, apparaître des taches de marbre blanc. De ce matériau qui rend les constructions plus légères, qui permet plus de fantaisie (arcs polylobés, balustrades et claustra aux découpes savantes) et un décor plus fin, Chah Djahan s'engoue au point de l'employer presque exclusivement. Peut-être l'empereur ne se trompe-t-il pas quand dans la salle d'audience de son palais à Chahdjahanabad, la septième Delhi, son œuvre, il fait inscrire : « S'il y a un paradis sur terre, il est ici ».

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