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15 février 2009 7 15 /02 /février /2009 06:36

Nous publions le texte intégral d'un article trés intéressant sur les Grands Moghols, article écrit par Jean-Paul Roux, Directeur de recherche honoraire au CNRS et ancien professeur titulaire de la section d'art islamique à l'École du Louvre.

Si, officiellement, la dynastie des Moghols régna de 1526 à 1857, seuls six, parmi eux les premiers, furent véritablement « grands » et apportèrent à l'Inde puissance, prospérité et unité, tolérance et raffinement esthétique. La vie et l'œuvre de ces empereurs qui modelèrent le visage de l'Inde pendant près de deux siècles nous sont présentées par Jean-Paul Roux qui a publié chez Fayard Histoire des Grands Moghols en 1988 et Histoire des Turcs en 2000.


Ils sont six à pouvoir porter le titre de Grands Moghols : Babur, Humayun, Akbar, Djahangir, Chah Djahan et Awrengzeb qui règnent sur les Indes de 1526 à 1707. Leurs successeurs jusqu'en 1857, année où les Anglais renversent la dynastie avant de ramasser la couronne pour la placer sur la tête de la reine Victoria (1877), ne le méritent pas : ce sont des pantins. Les princes rivalisent, se déchirent, ne font que passer sur le trône : dix se succèdent entre 1707 et 1761. Le premier, Bahadur Chah, (1707-1711) aurait peut-être pu sauver l'empire, mais il est trop vieux et doit d'abord éliminer son frère et compétiteur. Les autres sont des débiles, des débauchés, des avides et, de surcroît, des pauvres. Le trésor impérial a fondu en partie dans les campagnes d'Awrengzeb. Les malheurs subséquents l'achèvent : le dernier des grands conquérants asiatiques, un Turc du Khorassan, Nadir, se fait proclamer chah d'Iran en 1736. Il traverse l'Afghanistan, écrase les Indiens, entre dans Delhi (1739), y tue, viole, pille les palais impériaux et ceux des particuliers. La caravane qui emporte son butin compte dix mille chameaux, mille éléphants, sept mille chevaux.

L'empire ne s'en relève pas. Le Pendjab passe à l'Iran, les rajahs recouvrent leur indépendance. Les Mahrattes, seule puissance subsistant alors en Inde, commettent l'erreur de défier Ahmad Khan Abdali, le successeur de Nadir Chah. Ils sont écrasés à Panipat (1761), là où par trois fois se joua le destin du sous-continent. Il ne reste rien pour s'opposer aux entreprises européennes. On sait comment les Anglais l'emportent. L'empire connaît un siècle et demi de décadence, puis de vassalité, alors qu'il a vécu cent quatre-vingt-un ans dans une gloire au souvenir impérissable.


Et Babur, prince de génie, crée l'Empire moghol


Il est nommé moghol, c'est-à-dire mongol, parce qu'en Asie centrale tout chef de guerre de quelque envergure se réfère au souvenir de Gengis Khan. Il est pourtant turc, plus exactement turc timouride. Babur, descendant de Tamerlan à la cinquième génération, a d'abord cherché à régner dans la capitale de son aïeul, Samarcande. En vain. Il se résigne, en 1504, à devenir roi de Kabul pour cependant, dernier de sa famille, prendre trois ans plus tard le titre de padichah, empereur. Il y a là une double promesse : Babur devient un héritier légitime et – l'histoire l'a appris – Kabul, par sa position, invite à descendre en Inde. D'ailleurs, il le dit : il y a déjà longtemps que les Turcs n'y sont pas allés et, puisque l'empire de Delhi, l'empire du Nord des Indes, est aux mains d'Afghans, les Lodi, il est nécessaire et juste de les remplacer. Après quatre campagnes exploratoires, Babur, en novembre 1525, en commence la conquête. Rien n'est plus surprenant que de lire dans ses Mémoires, un des chefs-d'œuvre de la littérature turque, avec quelle simplicité il note cet événement.

Il a douze mille hommes avec lui. C'est peu. Il a du génie. C'est beaucoup. Le 21 avril 1526, il vainc Ibrahim Lodi à Panipat. Le 24, il entre à Delhi, le 10 mai à Agra. L'Empire moghol est né. Quatre ans plus tard, il meurt, âgé de quarante-huit ans ! Il s'est rendu maître de tout le nord du pays jusqu'au Bengale, occupé en 1529.

À côté de cette extraordinaire personnalité, génial chef de guerre, poète de talent (Divan), mémorialiste hors pair (Les Événements), et simplement homme amoureux de la vie, des fleurs, des jardins, de tous les plaisirs, et capable de s'en repentir, son fils paraît falot. Il ne l'est pas. Intelligent, bon soldat, très cultivé, parlant quatre langues et connaissant les sciences, il doit faire face, dès la mort de son père, aux soulèvements de ses frères, des Afghans dépossédés et de tous ceux qui, du Bengale à l'Oxus, n'acceptent pas la domination « moghole ». Il n'y résiste pas. Lorsqu'en 1540 un Turc d'Afghanistan, Chir Chah, l'oblige à s'exiler, Humayun a alors toutes les chances : non seulement l'Iran le reçoit royalement et met une armée à sa disposition, mais en 1545 Chir Chah meurt accidentellement, ne laissant qu'un fils médiocre et un merveilleux tombeau qui se dresse sur un îlot à Sassaram. C‘est long, mais Humayun reconquiert son empire. À Delhi en 1555, il se tue six mois plus tard en tombant dans un escalier. Sa veuve lui élève dans cette ville un grandiose mausolée, le premier de ces palais funéraires qui, malgré la loi de l'islam, étaient de mode en Asie centrale.

A SUIVRE

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