Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
15 janvier 2009 4 15 /01 /janvier /2009 12:08

Normalement nous n’évoquons dans ce blog que les sujets ayant un rapport avec l’Inde ; mais nous ferons quelques exceptions pour un banquier qui s’exprime parfois sur des sujets purement bancaire ou financier; le scandale indien de Satyam a peut-être inspiré ces lignes même si ce scandale est différent de ceux qui sont évoqués ici.

 

Le monde de la finance a été secoué par deux affaires dont on a abondamment parlé : le trader fou de la Société Générale, Jérôme Kerviel, et le financier américain Bernard Madoff. Le premier sera à l’origine d’une perte de 5 Mds d’euros pour la SG et le second devra expliquer où sont passés quelques 50 Mds de dollars de placements qui lui avaient été confiés, même si on a déjà largement compris ce qui s’était passé.

 

Ces deux affaires ont plusieurs points communs ; des montants considérables en jeu, des agissements qui n’ont pas éveillé l’attention pendant des années, un scandale énorme dans les deux cas, la faillite des autorités de régulation etc…  On aimerait d'ailleurs que nos juristes créent le concept de crimes économiques, à l'instar des crimes contre l'humanité.

 

On a parlé de fraude dans les deux cas et le dictionnaire nous dit qu’une fraude est une tromperie, une action entreprise pour contourner les lois. Et fraude est souvent synonyme d'enrichissement personnel. Mais pour moi, ces deux scandales sont bien différents des affaires dans lesquels les « coupables » cherchent à détourner à leur profit des sommes considérables.

 

Dans le premier cas on a beaucoup écrit sur le passé de ce trader qui était complexé de n’être pas sorti d’une grande école et qui a commencé sa carrière dans les back-offices, loin de la noblesse et du prestige du monde des traders qu’il finira cependant par rejoindre. J Kerviel voulait sa revanche sociale. Il a du se battre pour gagner cette place et d’un caractère renfermé, il échafaude ses théories, ses hypothèses ; en effet il veut prouver rapidement qu’il peut gagner de l’argent, et plus que les autres. Le pire est que pendant plusieurs mois, ses prévisions, ses hypothèses sont avérées. Il outrepasse les règles prudentielles pour pouvoir miser plus gros et sait rendre ses transactions invisibles. Si bien que pendant plusieurs mois, on arrive à  une situation extraordinaire où il gagne de l’argent avec de vraies transactions, des spéculations certes mais de vraies transactions. Ayant outrepassé les limites auxquelles il est astreint, il est donc obligé de dissimuler ces opérations et y parvient. Mais le plus étonnant n’est pas qu’il ait su rendre ces opérations invisibles et non détectables, mais bien qu’il ait réussi à gagner de l’argent. La conséquence en est qu’il devient de plus en plus sûr de sa capacité à prévoir l’avenir (sur les marchés) et prend de plus en plus de risque ! Jusqu’au moment où le marché évolue de manière différente, voire contraire, à ses prévisions. Désormais il ne dissimule plus des profits (lesquels auront atteint plus d’un milliard d‘euros en 2007), mais des pertes.

J Kerviel voulait-il s’enrichir ? Voulait-il virer une somme importante sur un compte au Bahamas, prendre l’avion et quitter le pays ? Je n’en crois rien. Il voulait prouver aux autres qu’il était meilleur, le meilleur et était prêt à tout pour cela. Voilà l’origine, la cause de cette « fraude ».

 

L’affaire Madoff est différente mais tout aussi intéressante.

 

Voilà un éminent financier, ancien Président du Nasdaq, qui a créé sa société de gestion d’actifs et qui fait ce que toutes les sociétés de gestion d’actifs font : investir l’argent de tiers dans des placements et investissements en vue d’assurer un bon rendement à ces investisseurs.

Là encore, le profil de l’homme est intéressant. Fils d’une famille juive du Queens, B Madoff crée sa première société en 1960 et joue le rôle d’intermédiaire entre acheteurs et vendeurs d’actions. Puis, une fois bien établi et reconnu, il crée son fonds d’investissement spéculatif.

 

Nul ne peut avoir le moindre doute sur ses capacités ou sur son intégrité. Il est connu, il a fait ses preuves. Sa vie est classique et il a le sens de la famille ; ses deux fils travaillent à ses côtés. B Madoff est un notable respecté de la finance.

Là où il est génial c’est qu’il choisit minutieusement les clients de son fonds spéculatif ; il refuse certains clients et il faut l’apprivoiser pour se faire accepter comme client ! Tout le monde sait que son fonds est très bien géré et que les rendements versés sont parmi les meilleurs, toujours parmi les meilleurs ! Certains investisseurs font des pieds et des mains pour que B Madoff accepte de recevoir leur fonds. Nous sommes là en plein génie ! Et B Madoff sert toujours de beaux rendements, cela se sait, et les demandes de nouveaux clients affluent.

Jusqu’au moment où la crise financière prend tout le monde par surprise et certains clients de Madoff se retrouvant à court de liquidités veulent récupérer une partie des fonds investis. Et là bien sûr, cela devient rapidement intenable, impossible !

 

Mais pense-t-on un instant que cet homme de 70 ans, solidement établi, universellement reconnu dans son pays et dans son environnement professionnel, familialement épanoui, ait pu imaginer prendre l’argent dans la caisse et s’enfuir ?

 

Il y a toujours une explication au comportement des hommes, aussi difficile soit-elle à trouver et à admettre.

 

B Madoff s’était construit sa recette de réussite, son success-model. Il avait tout ce qu’un homme peut rêver d’avoir ! Alors que voulait-il ? Simplement continuer à être cet homme respecté et envié de tous. Il savait bien sûr que son système était fragile et que cela le mènerait fatalement derrière les barreaux. Mais il ne pouvait plus arrêter la machine infernale qu’il avait construite et la seule chose à faire était d’espérer que son dénouement soit le plus tardif possible et, pendant le temps de cet espoir, profiter de la situation présente. B Madoff n’a pas voulu voler l’argent de ses clients, il l’a juste emprunté pour s’acheter une parfaite honorabilité et respectabilité. Mais bien entendu, cet argent a disparu dans la tourmente… Malheureusement les derniers éléments de l'enquête montrent que Madoff n'est pas si clair que cela et que Madoff a probablement détourné ou tenté de détourner des fonds à son profit ou à celui de ses proches.

 

Ces deux histoires, ces deux hommes nous laissent finalement pantois, sans voix. Pour nous ce sont des malades et comment en vouloir aux malades ! Sans doute faut-il être quand même très malade pour déployer tant d’artifices et tant de génie, tromper autant de monde, en autant de temps ? On le voit bien, dans ces sommets de déviations qui donnent le vertige, il n’y a plus de place pour les escrocs ancienne école, ceux qui ne cherchent qu’à filer avec la caisse ; au moins ceux-ci sont faciles à comprendre, et au moins ne sont-ils pas malades. Mais ces escrocs ordinaires n’ont pas l’étoffe ni le génie pour réaliser des fraudes aussi importantes dans le complexe univers qu’est devenu  la finance.

Mais tout compte fait (sans jeu de mots), on en vient presque à regretter les maîtres-escrocs, les escrocs-artistes, ceux qui surpassaient, en son temps, tous les autres.

 

Ce fut le cas du fameux faussaire Bojarski qui finit par se faire prendre dans les années 60. L’homme fabriquait, ou plutôt gravait de la fausse monnaie et sa production était presque identique aux originaux ! Sa dernière grande œuvre fut la contrefaçon du 100 nouveaux francs Bonaparte qui ne comportait que 3 minuscules erreurs de recopiage ! Fait unique, la Banque de France accepta de rembourser aux porteurs de bonne foi ses contrefaçons quasi indécelables. Bojarski dut apprécier cet hommage rendu à son talent. On peut d’ailleurs ajouter qu’un des faux billets Bonaparte signé Bojarski a récemment été adjugé aux enchères à plus de 5000 € ; comme quoi, le produit d’une escroquerie peut parfois prendre de la valeur (la valeur actualisée de 100 F de 1964 – le fameux Bonaparte- est de 116 €, ce qui fait que c’est comme si le porteur de ce faux billet revendu plus de 5000 € récemment avait reçu un rendement de 9% par an pendant 44 ans).

 

Oui, nous l’avouons, dans cet univers fou, virtuel et dématérialisé qu’est devenu le monde de la finance, les faussaires d’antan, servant une rente de 9% par an pendant 44 ans ont presque notre sympathie, et la grande dose d’indulgence que mérite leur talent artistique.

 

Et en plus, ils ne sont pas malades !

Partager cet article

Repost0

commentaires

catherine Vailandet 16/01/2009 13:41

après avoir lu votre article sur les traders, je me pose plusieurs questions :
- ces hommes n'ont-ils pas privilégié "avoir" et "faire" au profit d'"être". On observe souvent un déséquilibre identique chez les grands financiers ou industriels qui ont des ennuis? Il serait très interessant de savoir comment s'est passée leur enfance et comment ils ont ensuite essayé de se construire avec cela.
- n'y a t'il pas quelque chose de fascinant voire hypnotique à détenir un contrôle sur quelque chose qui appartient à d'autres, qui représente le moteur de beaucoup : l'argent. Les psy diraient que tout cela évoque un stade anal non règlé...
- l'aspect virtuel actuel des échanges financiers ne contribue t'il pas à rendre les manipulations abstraites déconnectées de la réalité ?
- quant à nous, les appeler malades ne pourrait-il pas être une façon de nous dire qu'au fond ils ne sont pas comme nous ?
Je crois, au contraire qu'ils sont bien humains et que certains d'entre nous qui n'ont pas eu la chance de se construire d'abord dans "être", peuvent risquer de se fourvoyer dans ce genre de fonctionnement.
Catherine

Olivia et Geoffroy 16/01/2009 14:56



Merci de votre commentaire. Je pense comme vous que le coté abstrait et complexe des opérations financières les éloigne de la réalité; il y a une espèce de virtualisation de l'acte. Mais
justement quelqu'un d'équilibré ne perd pas le sens de la réalité, et c'est dans ce sens que je parlais de malades, ce qui ne les empêchent nullement d'être humain par ailleurs. Maintenant quant
à l'origine de ce déséquilibre, c'est aux psy de nous éclairer et cela dépasse le champ de mes compétences. Pour Kervien le moteur n'est pas l'argent, c'est la reconnaissance. Pour Madoff c'est
la reconnaissance, le pouvoir et aussi l'argent. J'ai voulu surtout montrer que le type de fraudes évoluait dan sle temps en parallèle avec l'évolution de la complexité des opérations
financières. 


En tout cas merci de votre éclairage et bienvenue sur notre blog.



Blog Translation

English

Recherche

Meteo

click for Bombay, India Forecast

Archives

Visiteurs depuis avril 2010

free counters

 nrinumero02