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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 13:57

Le corpus de Fables animalières le plus anciennement attesté en Europe est celui d’Esope, composé au VIème siècle av. J.C., recueilli vers 325 av. J.C. par Démétrios de Phalère à Athènes et transmis jusqu’à nous dans la version en prose de Planude au XIVème siècle. De ce recueil du IVème siècle av. J.C. s’inspirèrent bien des imitateurs: Babrias, Phèdre, Avienus et d’autres fabulistes qui pendant la basse antiquité, puis tout long du Moyen-âge et jusqu’aux XVIème et XVIIème siècles le suivirent pour l’imiter, le condenser, l’élargir, le transformer. La Fontaine s’en inspira aussi, redonnant à l’oeuvre d’Esope dès 1668 (parution de son premier recueil) un éclat et une renommée qui depuis n’ont guère fléchi.

Mais le plus volumineux corpus d’histoires animales nous vient de l’Inde, que ce soit le Pañçatantra dont on a plus ou moins reconstitué les différentes couches successives, ou le Tutinama (les Contes du Perroquet).

La Fontaine s’est donc inspiré des Fables d’Esope mais également de fables indiennes.

 

L’Inde était déjà largement à la mode en France lorsque Jean de La Fontaine, sur ses trente-sept ou trente-huit ans, devint un protégé du surintendant Fouquet qui le reçut dans son château de Vaux. C’est de la bibliothèque de ce dernier que viennent les deux plus anciens manuscrits indo-persans entrés dans les collections de la Bibliothèque royale, aujourd’hui nationale.  Mais si l’Inde était à la mode c’était en partie grâce à François Bernier, médecin et philosophe français (1620 – 1688).

François Bernier s'embarque en 1656 pour de longues pérégrinations orientales motivées par le seul «désir de voir le monde». Ni la peste qu'il contracte en Égypte, ni la sanglante guerre de succession qui déchire le grand empire musulman de l'Inde ne parviennent à freiner son élan philosophique : sur les bords du Nil, à la cour du Moghol ou dans les vallées retirées du Cachemire, Bernier poursuit inlassablement sa vaste enquête, appliquant aux réalités les plus diverses un art d'observer et un sens critique hors du commun.

La relation qu'il publie à son retour est un témoignage particulièrement précieux sur l'Inde moghole, dont les intrigues de cour, l'organisation politique et économique, les pratiques religieuses, musulmanes ou hindoues, sont analysées avec une rigueur et une finesse toutes classiques. Mais Bernier sait aussi décentrer son regard et questionner les normes européennes, ainsi qu'en témoigne sa description émerveillée d'un monument alors récemment construit : le Taj Mahal.

Déterminé à demeurer quelques années dans le pays, Bernier se fit attacher en qualité de médecin à la cour de l’empereur. L’amilié particulière qu’il contracta avec l’agah Danechmend-Khan, son favori, le fit admettre, comme faisant partie de sa suite, à visiter le royaume de Cachemire où Aurangzeb se rendit en 1664-65, pour la première fois après son couronnement. Il a décrit son séjour dans cette contrée, sorte de paradis terrestre longtemps interdit d’accès aux Européens par ses souverains et où on n’arrivait qu’après des fatigues énormes, causées par une excessive chaleur, mettant en péril les jours du voyageur le plus déterminé. La constitution de Bernier ayant résisté à l’épreuve du climat, il acheva de parcourir l’Inde et, après y avoir passé huit ans, il revint par la Perse et la Turquie.

François Bernier écrivit même à Colbert (qui créera la Compagnie des Indes orientales en 1664) sa lettre sur “l’étendue de l’Hindoustan, circulation de l’or et de l’argent pour venir s’y abîmer…”, reprise dans son Voyage. Il faut donc se rappeler sans trop d’étonnement qu’entre 1673 et 1678, alors que s’édifiait Versailles, un plan de restauration du Palais du Louvre agréé par Colbert prévoyait l’aménagement d’un appartement “à la manière du Mogol” pour le jeune roi de France…

Bernier rentra en France en 1669, et son Histoire de la dernière révolution des Etats du Mogol parut à Paris, chez Barbin, dès 1670. Les Français, et les Européens, se passionnèrent alors pour les récits des voyageurs français aux Indes.

C’est dans ce cadre culturel que s’inscrit La Fontaine, avec un premier recueil de Fables paru en 1668 où il doit son inspiration générale aux Fables d’Esope et autres sources d’inspiration européennes, alors que pour les six derniers livres de ses recueils parus en 1678-79 et 1693-94 il clame sa dette à l’égard de l’Orient, et de l’Inde. Ce qui chez La Fontaine déclencha cet intérêt particulier pour les sources indiennes semble bien être, le retour de Bernier en France en 1669 et l’aura de ce “gentil philosophe”, dit “le Mogol”, sur les meilleurs milieux et les meilleurs esprits parisiens.

Bernier et La Fontaine avaient le même éditeur, Barbin, et ils allaient tous deux se retrouver commensaux chez l’excellente Madame de La Sablière, Bernier peu après son arrivée à Paris, et la Fontaine dès 1672.  L’influence directe et indirecte de Bernier sur La Fontaine pour les second et troisième recueils des Fables, dont celle intitulée “Le songe d’un habitant du Mogol” est évidente.

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