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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 13:21

Depuis que l'on dispose d'enquêtes d'opinion, depuis 1890 environ, le bleu est en effet placé au premier rang partout en Occident, en France comme en Sicile, aux Etats-Unis comme en Nouvelle-Zélande, par les hommes comme par les femmes, quel que soit leur milieu social et professionnel. C'est toute la civilisation occidentale qui donne la primauté au bleu, ce qui est différent dans les autres cultures: les Japonais, par exemple, plébiscitent le rouge. Pourtant, cela n'a pas toujours été le cas. Longtemps, le bleu a été mal aimé.

 

La couleur bleue est difficile à fabriquer et à maîtriser, et c'est sans doute la raison pour laquelle elle n'a pas joué de rôle dans la vie sociale, religieuse ou symbolique de l'époque. A Rome, c'est la couleur des barbares, de l'étranger (les peuples du Nord, comme les Germains, aiment le bleu). De nombreux témoignages l'affirment: avoir les yeux bleus pour une femme, c'est un signe de mauvaise vie. Pour les hommes, une marque de ridicule.

 

Et puis, soudain, tout change. Les XIIe et XIIIe siècles vont réhabiliter et promouvoir le bleu. Et pourtant il n'y a pas à ce moment-là de progrès particulier dans la fabrication des colorants ou des pigments. Ce qui se produit, c'est un changement profond des idées religieuses. Le Dieu des chrétiens devient en effet un dieu de lumière. Et la lumière est… bleue! Pour la première fois en Occident, on peint les ciels en bleu - auparavant, ils étaient noirs, rouges, blancs ou dorés. Plus encore, on est alors en pleine expansion du culte marial. Or la Vierge habite le ciel… Dans les images, à partir du XIIe siècle, on la revêt donc d'un manteau ou d'une robe bleus. La Vierge devient le principal agent de promotion du bleu. Et un étrange renversement fait que la couleur barbare devient divine.

 

Au XVIIIe siècle, il devient la couleur préférée des Européens. La technique en rajoute une couche: dans les années 1720, un pharmacien de Berlin invente par accident le fameux bleu de Prusse, qui va permettre aux peintres et aux teinturiers de diversifier la gamme des nuances foncées. De plus, on importe massivement l'indigo des Antilles et d'Amérique centrale, dont le pouvoir colorant est plus fort que l'ancien pastel et le prix de revient, plus faible que celui d'Asie, car il est fabriqué par des esclaves. Toutes les lois protectionnistes s'écroulent. L'indigo d'Amérique provoque la crise dans les anciennes régions de cocagne, Toulouse et Amiens sont ruinés, Nantes et Bordeaux s'enrichissent. Le bleu devient à la mode dans tous les domaines. Le romantisme accentue la tendance: comme leur héros, Werther de Goethe, les jeunes Européens s'habillent en bleu, et la poésie romantique allemande célèbre le culte de cette couleur si mélancolique - on en a peut-être gardé l'écho dans le vocabulaire, avec le blues… En 1850, un vêtement lui donne encore un coup de pouce: c'est le jean, inventé à San Francisco par un tailleur juif, Levi-Strauss, le pantalon idéal, avec sa grosse toile teinte à l'indigo, le premier bleu de travail. En fait Oscar levi-Strauss démarre en 1853 en pleine ruée vers l'or avec des pantalons de toile (fait avec de la toile de tente) mais très vite les conquérants de l'Ouest ont besoin de solides vêtements de travail et Oscar remplace la toile par du coton tout aussi robuste mais coloré en bleu par des bains d'indigo; c'est la naissance du blue jean.

Ce jean aurait-il pu être rouge ? Impensable! Les valeurs protestantes édictent qu'un vêtement doit être sobre, digne et discret. En outre, teindre à l'indigo est facile, on peut même le faire à froid, car la couleur pénètre bien les fibres du tissu, d'où l'aspect délavé des jeans. Il faut attendre les années 1930 pour que, aux Etats-Unis, le jean devienne un vêtement de loisir, puis un signe de rébellion, dans les années 1960, mais pour un court moment seulement, car un vêtement bleu ne peut pas être vraiment rebelle. Aujourd'hui, regardez les groupes d'adolescents dans la rue, en France: ils forment une masse uniforme et… bleue.

 

Vous verrez, la prochaine fois que vous mettrez un jean, vous penserez à l’indigo et à l’Inde !

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commentaires

Olivia 26/11/2008 19:26

Merci Alessandra pour cette précision, tu as tout a fait raison, le jean vient de Gênes et le Denim, la toile de tissu utilisée pour fabriquer les jeans vient de Nimes ! Geoffroy et moi aurions dû le rajouter !
Nous vous embrassons tous les deux !

Alessandra 26/11/2008 19:04

Très intéressant votre article sur l'indigo!

Seulement un petit détail à ajouter concernant les Jeans: le bleu il est indien, mais la toile elle est italienne (Jean=toile de Genova)!

bertrand 24/11/2008 15:26

Pour ceux que ça intéresse, il y a un livre entier qui s'intitule "l'histoire du bleu" de Michel Pastoureau. Je l'ai pas lu mais ça m'a toujours intéressé et le livre attire l'oeil dans les librairies avec sa belle couverture bleue...
Ces histoires de bleu me font aussi penser au fameux bleu Klein et ces "élucubrations" indiennes / new age associées!...

Olivia et Geoffroy 24/11/2008 16:48



Merci de ce commentaire intéressant et pertinent ! J'avoue que je ne connaissais pas (contrairement à Olivia) le bleu Klein ! Cela dit l'histoire des couleurs est passionnante.
Continue à enrichir ce blog !


J'ajoute que pour écrire cet article j'ai utilisé une interview de Michel Pastoureau car j'ai truové ses commentaires fort intéresants.



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