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23 octobre 2008 4 23 /10 /octobre /2008 15:01

Voici un conte indien tiré du livre "Contes indiens du seigneur éléphant"...

Un saint homme se rendait à Puri en pélerinage pour prier Vishnu au temple de la Jagannath.

Il marchait depuis quarante jours et commençait à ressentir la fatigue de la route. Son dhoti rouge, qu’il lavait chaque jour à la rivière, perdait sa couleur et s’effilochait. Il n’avait plus qu’une calebasse accrochée à son bâton de pèlerin et les écorchures de ses pieds aux cailloux acérés du chemin le faisaient souffrir. De plus il n’avait rien mangé depuis le matin et rêvait d’un festin : un bol de dal (lentilles), un bon tas de riz avec quelques petits piments et, peut-être, un chapati ou un papadam croustillant si Ganesh, le dieu de la chance, était aussi de la partie. Il avait quitté Bubaneswar depuis longtemps après une halte de plusieurs jours pour honorer les dieux de tous les temples et il sortait d’un village où il s’était rafraîchi à une jarre. Il aperçut soudain, en bordure de marécage, une cage de bambou dans laquelle s’agitait un animal. En avançant, il vit un superbe tigre royal que les villageois avaient capturé et qui attendait le triste sort qui lui était réservé. Le saint homme s’approcha avec méfiance. Les tigres sont de rusés compagnons et on ne sait jamais quel mauvais tour ils peuvent vous jouer. Mais l’animal captif avait l’air bien abattu derrière les épais barreaux de solides tiges de bambou de l’épaisseur d’un bras.

— Hélas ! se lamentait le félin, hélas ! je me suis bêtement fait prendre par les hommes du village là-bas ! Je ne leur voulais aucun mal et ne leur avais volé ni veau, ni chèvre. Ils m'ont capturé, moi qui suis le meilleur des 70 tigres et demain, ils vont me manger. Ma fourrure servira de carpette sous les pieds d’un maharadjah, ou pire, d’un Anglais ! Quant à mes os, n’en parlons pas, ils seront broyés et vendus à prix d’or dans les pharmacies de l’Empire du Milieu. Je suis bien malheureux !

Le pélerin fit deux fois le tour de la cage, perplexe. Le tigre l’interpella.

— Oh, toi qui es un saint homme, un bon Hindou et un sage brahmane, délivre-moi de cette prison !

Le sage brahmane connaissait les tigres et savait qu’on ne pouvait pas toujours leur faire confiance, il hésitait.

— Oh, toi qui es un pur végétarien, reprit l’animal, qui jamais ne ferait de mal à un être vivant, viens à mon secours et rends-moi la liberté ! Tu t’attireras les bénédictions de Vishnu et bien des mérites pour tes vies futures !

Ces arguments touchèrent le brave homme qui s’approcha tout près de la cage et commença à défaire les liens de chanvre, de la trappe d’entrée, qu’on avait solidement noués. Le tigre le regardait faire avec beaucoup d’humilité, on pouvait même lire dans son regard de l’affection pour celui qui allait lui sauver la vie. Alors qu’il ne restait plus qu’un noeud à dénouer et que le tigre commençait à s’ébrouer, le saint homme s’arrêta, pris d’un doute.

— Qu’est-ce qui me prouve que tu n’es pas plein de mauvaises intentions ? Dès la porte ouverte ne vas-tu pas te jeter sur moi et me dévorer ne laissant que mon bâton et ma dernière calebasse ?

Le tigre jura ses grands dieux qu’il n’en ferait rien, qu’un tigre royal rimait avec loyal, qu’il n’avait qu’une parole et qu’il ne toucherait jamais un cheveu de celui qui lui rendait ce qu’il avait de plus cher, sa vie sauvage dans la jungle. Le saint homme défit le dernier noeud, entrouvrit la trappe de la cage.

Le tigre royal bondit, bouscula au passage le brahmane qui tomba sur l’herbe. Le félin huma au nord et au sud l’air de la liberté et, toutes griffes dehors, montrant ses crocs acérés, il se jeta sur le pèlerin pour le dévorer, bien décidé à ne laisser que son bâton et sa dernière calebasse. Il faut dire qu’il avait faim. L’homme tenta d’échapper au monstre d’ingratitude, rappelant qu’il lui avait promis la vie sauve, qu’il n’était
qu’un renégat, un menteur et que ce comportement n’était pas digne d’un royal félin. L’animal qui se préparait à dévorer un bras de son sauveur suspendit le geste de sa patte et accepta de discuter un peu, car les tigres sont bavards.

A SUIVRE 

 

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