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12 octobre 2008 7 12 /10 /octobre /2008 15:22

Nous publions un remarquable article de Jean d'Ormesson paru dans le Figaro en février dernier consacré à l'Inde que ma chère maman avait précieusement conservé sans savoir encore que nous allions partir nous expatrier ici. Nous sommes sûrs que Nicolas appréciera particulièrement ce texte, ce qui l'aidera à préparer son prochain séjour en Inde et lui donnera peut-être envie de faire un commentaire... 
L'expression "l'Inde est une anarchie qui fonctionne" est en fait de John Kenneth Galbraith qui fut ambassadeur en Inde pendant l'ère Kennedy et qui fut un ami de Nehru. Plusieurs décennies plus tard il reconnut qu'il avait employer cette expression "seulement pour attirer l'attention".

Chindia ! L'axe du monde, chacun le sait, est en train de se déplacer sous nos yeux d'un Occident dominé par les États-Unis vers une Asie partagée entre deux géants : la Chine et l'Inde. À eux deux, la Chine et l'Inde représentent une masse de deux milliards et demi d'habitants. Sur trois enfants en train de naître, un au moins est chinois ou indien. Et la croissance de chacun des deux pays fait rêver les Européens qui luttent contre leur destin.

Il n'est pas très risqué de parier que le siècle où nous sommes entrés verra l'affrontement entre l'Inde et la Chine. La Chine a l'avantage d'une langue unique et d'une industrie lourde puissante. L'Inde règne sur les services et sur l'électronique. Avec son Parti communiste implacable à la tête d'une économie de marché, la Chine mène la course en tête. Démocratique, désordonnée, inventive, morcelée entre des langues multiples et riche d'un passé exubérant, l'Inde oppose ses couleurs éclatantes à la grisaille chinoise. Elle est depuis toujours une anarchie qui fonctionne.

Et, depuis toujours, l'Inde divisée a nourri avec passion des rêves d'empires successifs. Rassembler des millions d'hommes originaires d'horizons différents Aryens et Dravidiens, et partagés entre des dialectes innombrables et des croyances rivales bouddhistes, jaïns, hindouistes, musulmans… , a été une tâche infinie. Venus d'un peu partout, de Chine, d'Espagne, du Portugal, des Pays-Bas, d'Angleterre ou de France, les voyageurs n'ont jamais cessé d'être fascinés par les ruines des empires qui ont marqué tour à tour l'histoire de ce continent grand comme six fois la France.

Dominé par le fameux empereur Ashoka, dont la conversion au bouddhisme est un événement considérable, le premier empire indien, au lendemain des conquêtes d'Alexandre, c'est l'empire Maurya. Un demi-millénaire plus tard, dans le nord de l'Inde, l'empire Gupta succède à l'empire Maurya.

Dans le Sud, toute une série de dynasties, dont les plus importantes sont les Chalukya, les Pallava, les Chola et les Hoysala, font peu à peu triompher l'hindouisme sur un bouddhisme déjà en recul et en voie de disparition dans le sous-continent où il était né mille ans plus tôt.

Mais, dès le VIIIe siècle, une troisième religion fait son apparition en Inde: l'islam. À partir du XIIIe siècle, le sultanat de Delhi annonce déjà, de loin, le grand empire Moghol de Babur, le fondateur, d'Humayun, d'Akbar surtout, à Jahangir, à Shah Jahen et à Aurangzeb.

Toutes ces civilisations sont bien connues. Nombreux sont les voyageurs qui ont parcouru, au nord, le Rajasthan ou l'Uttar Pradesh, de Jaipur, de Jodhpur, d'Udaipur à Jaisalmer et de Fatehpur Sikri à Agra, ou qui ont découvert, au sud, les temples hindouistes de Mahabalipuram, de Kanchipuram, de Chidambaram, de Tanjore ou de Madurai.

Entre le Nord et le Sud, à peu près à mi-chemin entre Mysore et Bangalore au sud et Hyderabad au nord, autour du village perdu de Hampi, se déploient pourtant les ruines d'un immense empire presque totalement oublié: Vijayanagar « la Ville de la Victoire ».

Vijayanagar est un ensemble architectural de quelque quatre cents temples dispersés dans un décor hallucinant de collines tropicales et de rochers de granit. La richesse et la beauté archéologiques du site ne peuvent se comparer qu'à Angkor ou à Louxor. Relativement récent à l'aune des vieilles civilisations indiennes, l'empire Vijayanagar, qui finit par dominer tout le sud de l'Inde, de la mer d'Oman au golfe du Bengale, et jusqu'à l'océan Indien, fut fondé par des princes télougou en avril 1336 et atteignit son apogée au XVIe siècle avant d'être détruit subitement par une confédération des sultanats islamiques du Deccan. Juste avant le développement du grand empire Moghol d'Akbar dans le Rajasthan, il a constitué le dernier grand empire hindou avant la conquête britannique.

En 1565, la défaite de Talikota, à quelques kilomètres de Hampi, vit l'effondrement d'une armée de cent mille hommes et la mort du dernier roi hindou de Vijayanagar, Rama Raya, tué au combat et décapité après avoir sauté de son éléphant blessé par une flèche. Le désastre entraîna le sac de la ville qui fut pillée et rasée au sol par les musulmans coalisés. L'empire Vijayanagar, qui avait été si puissant et si riche, s'effaça de l'histoire.

Son souvenir ne ressurgit qu'au XIXe siècle, quand un Anglais se hasarda parmi les ruines et en fit un relevé. Il faudra encore attendre un siècle avant qu'un archéologue français, Pierre Filliozat fils de Jean Filliozat, le grand indieniste , et son épouse indienne Vasundhara révèlent au monde savant les merveilles oubliées de Hampi. Inscrit par l'Unesco, il y a vingt ans, sur sa liste du patrimoine mondial, Vijayanagar est encore ignoré du tourisme de masse. Mais la rumeur se met à courir que des trésors inouïs, chantés jadis par des commerçants portugais venus de Goa ou par des ambassadeurs éblouis par le faste du roi Krishna Deva Raya au début du XVIe siècle et qui vont jusqu'à comparer Hampi à Rome et aux grandes capitales européennes, sont accumulés, sur quelques kilomètres carrés, dans un paysage incomparable.

Hampi, aujourd'hui, est (encore) un de ces lieux magiques où nature et culture rivalisent d'enchantement. Éparpillés sur les collines rocheuses, la plupart des monuments ont été élevés au début du XVIe siècle. Ils se partagent entre la ville sacrée et la ville royale.

Au centre de la ville sacrée, le grand temple de Virupasksha est encore en activité derrière sa tour d'entrée traditionnelle, un monumental gopuram d'une éblouissante blancheur. Les singes, les lampes à huile, l'encens, la foi profonde des fidèles, les bas-reliefs sur les murs, un éléphant de temps en temps, tout conspire à une sorte d'envoûtement qu'on retrouve dans le temple de Krishna, devant des lingams immergés dans les eaux d'un bassin ou devant des statues de Ganesh, le dieu-éléphant, fils de Shiva et de Parvati.

La ville royale est peut-être plus séduisante encore. Le Zenana était le quartier des femmes du roi, le harem. Un mur cyclopéen l'entoure. Dans l'enceinte même, le monument le plus gracieux et le mieux conservé est sans doute le pavillon du Lotus Mahal, construit dans un style dit indo-sarascène qui associe des éléments hindous et des éléments islamiques. Le Bain de la reine est un bassin entouré de balcons où s'installaient chanteurs et musiciens. Un peu plus loin, les onze écuries pour éléphants sont irrésistibles. Partout, de grandes citernes et les fondements d'édifices gigantesques et disparus dont ne restent que quelques bas-reliefs de chevaux, de chameaux, d'éléphants, de scènes de chasse.

À quelques kilomètres au nord de la ville sacrée et de la ville royale s'élève l'édifice le plus raffiné et le plus spectaculaire du site: le temple de Vitthala. Dans la vaste cour entourée de galeries à portiques, un char de pierre de toute beauté dont les quatre roues étaient capables de tourner est dédié à l'aigle Garuda, la monture de Vishnou.

Vous pouvez vous promener pendant des heures, pendant des jours entiers, sur le site inépuisable de Hampi. Et quand, fatigué de tant d'histoire et de tant de splendeur, vous cherchez un endroit où vous reposer un peu, il n'est pas interdit de vous rendre au Mango Tree. C'est un restaurant en terrasse, au-dessus de la rivière Tungabhadra, à l'ombre d'un grand manguier. En bas, vêtues de rose, de vert, d'orange, des femmes lavent leur linge à grand bruit. Passent des singes, des buffles, de temps en temps un éléphant. Vous restez là, tranquille, à rêver au sort des empires disparus.

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Published by Olivia et Geoffroy - dans Actualité et société
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