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3 octobre 2008 5 03 /10 /octobre /2008 15:54

Suite de l'article paru hier...

L’alerte est aussitôt donnée. Pendant 2 jours, on ignore où il a bien pu s'écraser.  Des recherches sont effectuées dans toute les régions alpines par l'armée et la gendarmerie accompagnés de volontaires. Le bruit du crash avait été entendu par les moines du Petit Saint Bernard ainsi que par des ouvriers du barrage de Tignes.
Vanoise, Tarentaise, Maurienne et même une partie de la Suisse sont passées au peigne fin.

Le 5 novembre à 15h 30, enfin,  l'épave est repérée à 200 m du sommet du Mont-Blanc, par un pilote de la Swissair. Il est difficile d'imaginer quelques survivants parmi les quarante passagers et les huit membres d'équipage.

Une caravane de secours est aussitôt mise en place par l' École Militaire de Haute Montagne et la compagnie des guides de Chamonix.

Chamonix, le 6 novembre 1950 à 12h. Grande effervescence devant l' E.M.H.M.  Le Commandant Flottard est en plein "briefing".  Journalistes et badauds se pressent aux nouvelles.

Le Commandant Flottard précise : " La première caravane a dû faire demi-tour, la voie est tracée jusqu'à 2500 mètres environ...nous allons envoyer la seconde cordée.  Elle sera composée du lieutenant Jay, des guides René Payot et Pierre Lroux et de huit chasseurs alpins. 

La seconde cordée emprunte tout d'abord le téléphérique des Glaciers qui les amène directement à 2414m. A 14 heures, ils attaquent l'ascension par la voie normale avec comme objectif le refuge des Grands Mulets (3062 m) où ils doivent passer la nuit. Au point de demi-tour de la première caravane, ils doivent, pour faire la trace, brasser entre un mètre-cinquante et deux mètres de neige fraîche.

René Payot marche en tête depuis un bon moment et Pierre Leroux l’apostrophe: " René, c'est mon tour de passer en tête" Mais René Payot refuse:  "Attends! Je dépasse ces crevasses, je trace la moitié de la pente et tu feras le reste jusqu'au refuge. Ça nous évitera des manoeuvres" 

Payot s'engage prudemment, en "zigzaguant" entre les deux énormes crevasses en chicane qui leur barrent la route.

Soudain, alors qu'il se retrouve en amont de la seconde crevasse, on entend un craquement sec !
Une fissure apparaît sur la pente 50 m au-dessus de lui! Une large plaque de neige se met à glisser de plus en plus vite. Pierre Leroux s’écrie: "Attention, René!". Payot a juste le temps de planter violemment son piolet, d'enrouler la corde autour, et de se cramponner énergiquement.  Il résiste un court instant mais la force de la coulée l'arrache inexorablement, et il bascule dans la crevasse, totalement enseveli.  Leroux qui le retient sur sa corde est traîné sur plusieurs mètres.

Instantanément, toute l’équipe se met à creuser frénétiquement pour tenter d'arracher Payot à son linceul de glace. Ils sont obligés de découper des blocs de neige pour pouvoir le dégager plus aisément.  Au bout d'une heure, ils atteignent enfin Payot à près de 8 mètres de profondeur.  Sous lui, la crevasse se prolonge d'au moins cinquante mètres!  Il gît inanimé sur le dos et semble en état d' hypothermie avancée.

Pendant deux longues heures, dans la nuit glaciale, la rage au coeur, ses compagnons tentent de le ranimer.
Mais en vain!  Il faut bien se résigner, à 21 heure, ce 6 novembre 1950 le guide René Payot est mort!

La nouvelle est annoncée par radio au P.C des secours.  L'ordre du Commandant Flottard est formel:
"Trop dangereux, abandonnez !" Le corps de Payot est fixé sur une civière et la caravane s'en retourne tristement, à la lueur des lampes torches!

En bas, c'est la consternation; la nouvelle s'est répandue à toute vitesse et on observe leur retour à la jumelle. Déjà les journalistes alimentent toutes les rumeurs, on parle d'une personnalité importante, d'une cargaison de lingots d'or! Pourtant, cette information sera rapidement démentie par les autorités: un minuscule entrefilet dans le journal local.

Le lendemain, 7 novembre, à l'aube, il fait grand beau, mais un froid très vif.  Ils reprennent la direction de Tête-Rousse en ignorant l’instruction d’abandon de la mission qui leur a été envoyée. Ils mettent deux heures pour effectuer 300m en se relayant tous les 10m.  Aussitôt averti, le Commandant Flottard est furieux.  Il confie au pilote Guiron, la délicate mission de lâcher par avion, des messages à destination de l'équipe de secours.

A 11 heures trente, Guiron est prêt à décoller, avec trois exemplaires du message à bord.  Ce sont de longs papiers roulés, lestés d'une pierre à laquelle est attaché un morceau de tissus de couleur.  Le texte est précis:
"Le Préfet d'Annecy demande que les recherches soient stoppées". A 12 heures, Guiron accompagné du Guide Piraly Chef des secours de Saint-Gervais ont largué les messages au dessus de l'équipe.

A 12 heures 30, ils aperçoivent un des hommes qui se détache de la caravane pour se diriger vers le message.
En fait l'homme revient, sans rien avoir ramassé.  Guiron atterrit au Fayet, il téléphone immédiatement à Flottard pour lui signaler que la cordée s'approche du refuge de Tête-Rousse.

A 15 heures trente, ils ont réussis l'impensable: l'Aiguille du Goûter par la voie d'été.  A 15 heures 40, Guiron reçoit un nouvel ordre pour tenter de les arrêter, mais impossible de faire redécoller l'avion.  A 15 heures 45, Le commandant Flottard revient à la charge: il faut impérativement stopper les recherches.
A Saint Gervais, on suit avec passion la progression des sauveteurs que communique au fur et à mesure au syndicat d'initiative un observateur du Mont Lachat.  Pour les montagnards locaux, ils ont franchi la mauvaise passe!  Ils y arriveront! Ces gars sont formidables.  Ce qui semblait impossible, ils l'ont fait.
Après une marche éprouvante à travers d'immenses étendues de neige, une nuit au refuge Vallot par moins 40 degrés et des vent de plus de 130 kilomètres heure au sommet, l'équipe des cinq de St.Gervais atteint l'épave le 8 novembre à 10h 10.  A la faveur d'une éclaircie, ils découvrent l'horreur.  Le Maréchal des Logis Chef Pignier, manquant tourner de l'oeil, pousse un cri d'effroi.  Devant lui, un bras arraché, planté dans la neige, la main est refermée mais l'index levé pointant le ciel!  L'avion est coupé en deux, il a heurté l'arête nord-ouest à la hauteur des rochers de la Tournette; cinq mètres plus haut, ça passait.  La queue de l'appareil s'est fracassée côté Italien, laissant un long sillon de sang: la dernière trace des passagers.  Malgré le froid, ils se découvrent et se signent.  Tout autour d'eux, répartis sur près de mille mètres carrés, d'innombrables débris calcinés, des corps déchiquetés, des fauteuils, des bagages éventrés, du courrier, des lettres par centaines...
Par contre, pas la moindre trace de la boîte noire; celle-ci ne sera jamais retrouvée. Plus loin, peinte sur un morceau de la carlingue ayant échappé aux flammes, une drôle de danseuse Indienne exécute une danse macabre...


                                                                         A SUIVRE

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Published by Olivia et Geoffroy - dans Divers
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commentaires

François DAVIN 03/10/2008 19:27

La vache, c'est prenant ce récit !!!.... Avouez que vous avez un invité en ce moment qui vous dicte ces mots. Il doit s'agir de Pierre Bellemare ou d'Alain Decaux, non ? He he he :-)
J'espère avoir la suite avant mon départ pour Tokyo.

Olivia et Geoffroy 04/10/2008 16:39


Tant mieux si tu trouves ce récit prenant ! Hé non pas de P Bellemare ou d'A Decaux dans ls locaux de la rédaction... Mais cette épopée, cette histoire nous a passionné et nous avons trouvé les
mots pour le dire. C'est toujours passionnant d'essayer de faire revivre le passé (ce que tu fais si bien avec Charles Gounod) et d'essayer d'intéresser ses lecteurs. Pour l'instant nous trouvons
toujours des sources d'inspiration et nous espérons que cela continuera. Merci en tout cas de tes compliments qui sont un formidable encouragement pour nous. Bon voyage au Japon et bon discours !


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