Julien, Lou et Morgane sont trois étudiants français qui ont choisi de passer 9 mois à
Bombay dans le cadre d’un échange universitaire entre leur école (l’IESEG School of Management de Lille) et le collège Saint-Xavier, un établissement universitaire réputé.
Nous avions rencontré Julien par hasard dans un magasin, peu après notre arrivée à Bombay, qui, tout surpris de nous entendre parler français, était venu vers nous. Nous le voyons souvent ainsi
que ses deux amies étudiantes Lou et Morgane et les ayant entendu souvent évoquer leur expérience étudiante indienne, nous nous sommes dits que les lecteurs du blog seraient intéressés de
partager leur expérience. Cette expérience est d’autant plus enrichissante que c’est la première fois que ce collège « Xavier » accueillait des étudiants étrangers. Pour eux, ce choix
de l’Inde répondait à la volonté d’avoir une expérience dans un pays émergent et de connaître un pays appelé à jouer un rôle économique important. Mais il y a aussi chez eux une curiosité et un
esprit d’aventure et sans doute le choix de tester leur capacité d’adaptation.
Nous les avons donc
interviewés…
Par rapport aux cours dispensés dans votre école en France, comment sont les cours dispensés en Inde ? Existe-t-il des différences en matière de niveau, de pédagogie
etc… ?
Julien : Les cours dispensés en Inde sont diamétralement opposés à ceux reçus en France.
A l'IESEG, nous avons des
Cours Magistraux et des Travaux Dirigés. Les premiers se déroulent dans un amphithéâtre, le professeur fait une présentation PowerPoint, nous prenons des notes cursives sur le polycopié de cours
distribué en début de semestre. Les TD se déroulent en groupe restreint où nous appliquons par la pratique la théorie acquise en CM.
A St Xavier's, il n'y a pas
cette distinction. D'ailleurs on se demande s'il y a des travaux dirigés. Certains professeurs récitent leurs cours et nous passons notre temps à écrire, ce qui est une pure perte de temps car
nous sommes concentrés sur la forme et pas le fond. Il serait tellement plus pratique de nous photocopier le cours et enfin commencer à travailler !
D'autres professeurs viennent
avec un PowerPoint, nous obligent à le prendre en note et nous pouvons venir le chercher à la fin du cours sur une clé USB sur l'ordinateur du professeur…D'une manière générale, nous faisons
presque exclusivement de la théorie.
Dans les connaissances
enseignées, il y a une légère différence de niveau.
Nous avons des cours de
2ème et 3ème année. En 2ème année nous avons abordé les mêmes notions, à un degré moindre de difficulté, qu'en France lors de notre 2ème
année.
Lou : Je pense que les cours qui nous sont dispensés sont d’un niveau bien inférieur à ceux que nous avions en
France. Tout d’abord, deux professeurs se relaient pour nous enseigner les matières principales. La logistique et la finance sont les seules matières qui font intervenir des nouveaux professeurs.
Alors qu’en France, nous changions souvent de professeur en fonction de l’évolution de la matière. De plus, nous avions régulièrement l’intervention de professionnels au cours de séminaire ou de
conférence. Nos cours en France étaient divisés en théorie lors des amphithéâtres et partie exercice et pratique en TD (où le nombre d’élèves n’excédait pas les 20). Alors qu’en Inde, nous sommes
tous 60 en classe et les cours sont nettement moins organisés.
Au niveau de la pédagogie, je
pense que les professeurs ont un niveau inférieur aux professeurs en France. Cependant, notre école est une école complètement spécialisée dans le business et le management tandis que St Xavier
est une université générale et la filière BMS (Bachelor of Management Studies) est une filière parmi les autres. Néanmoins, je pense que la section BMS pourrait gagner à avoir des professeurs
plus spécialisés au lieu de multiplier les matières enseignées par chaque professeur.
Morgane : Il y a une énorme différence de niveau. Je me doutais qu’on n’allait pas retrouver des cours comme ceux
auxquels nous assistions à Lille, mais j’ai tout de même été surprise et reste souvent ébahie en classe.
Comme nous l’ont expliqué
certains étudiants, la Section BMS a été créée il y a 10 ans, elle est donc toute neuve, et a beaucoup de mal à se mettre en place.
Il y a 2 professeur (2 femmes)
qui sont responsable de la section et donnent elle-même la moitié des cours. Nous avons en plus des professeurs spécialisés pour la finance, la comptabilité et la
logistique.
Les professeurs de Finance et
de comptabilités sont plutôt bon et les cours intéressant. Notons cependant que ce semestre, l’un de nos professeur de Finance (calcul réalisé d’après certaines informations glanées pendant un
cours) est âgé d’au moins 84 ans.
Pour ce qui est des 2 femmes
qui se chargent de tous les autres cours (Public relation, marketing, Effective communication, Service sector management ….) elles manquent de pédagogie et de
connaissances.
Pendant 2 ans nous avons été
habitués à des cours donnés par de très bons professeurs. Arrivée sur les bancs de Xavier j’ai été étonnée de trouver ces mères de famille parlant de sujets qu’elles ne maitrisent clairement
pas.
Comment avez-vous été accueillis par les étudiants indiens ? Comment vous perçoivent-ils ?
Julien : Les indiens nous ont chaleureusement accueillis cependant après quelques semaines, nous ne nous sommes pas
vraiment intégrés:
- Divergences de centres d'intérêts
- Disparités de pouvoir d'achat (prendre un café après les cours est
une dépense exceptionnelle et non courante pour eux)
- Divergences de temps libre (couvre-feu pour les internes et les
étudiants habitants en hôtel ou chez leurs parents – personne n'a son propre appartement)
Au premier abord, les indiens
nous ont perçu comme des étudiants normaux, à la seule différence peut-être de notre pouvoir d'achat.
Puis ils ont remarqué que nous
réagissions différemment selon les situations. Un exemple parmi tant d'autres : lorsqu'un indien crache ou se racle la gorge à poumons déployés, nous, peu habitués, tressaillions avec un rictus
de dégoût. A ce moment là, les indiens se sont rendus compte que ce qu'ils pensaient être normal ne l'était pas du tout pour nous, c'est à ce moment là qu'ils se sont dit que nous étions
peut-être plus différents que nous en avions l'air.
Lou : Le premier jour lorsque nous sommes arrivés en classe la coordinatrice leur a fait un discours pour leur dire d’être gentils et
bienveillants envers nous, je pense personnellement que cela n’étais pas une très bonne idée car cela a du renforcer l’image qu’ils avaient de nous comme celle de trois étrangers et cela n’a fait
qu’augmenter les barrières entre nous.
En outre, nous étions les
seuls et les premiers élèves internationaux de Xavier.
Le responsable des étudiants
internationaux a essayé de nous intégrer de la manière suivante : chaque jour, nous avons été pris en charge par un étudiant de l’école, qui nous a fait visiter la ville, découvrir la
nourriture indienne, marchander avec les vendeurs ou encore prendre un taxi. Ils nous ont aussi aidés à trouver un appartement, prendre un abonnement téléphonique et internet. Je me demande
encore comment nous nous serions débrouillés sans eux. C’est par ce biais que nous avons le plus apprécié le coté accueillant et généreux des indiens.
Concernant les élèves de notre
classe, ils ont tous été directement gentils et très accueillant, prêts à répondre à nos questions ou à clarifier nos incompréhensions tout en restant assez distants.
De plus, ces élèves indiens
n’ont pas vraiment compris la migration d’un pays développé à celle d’un pays en développement en effet ils ne jurent que par les MBA en Europe et aux Etats-Unis. Et la récurrence de la
question : pourquoi l’Inde ? n’a fait que confirmer cela.
Pour être franche, on ne s’est
pas réellement lié d’amitié ou fait d’amis à Xavier, je pense que nous ne sommes pas vraiment sur la même longueur d’onde. On s’est principalement fait des connaissances avec les autres français
ou alors des indiens d’autres collèges que l’on a connus au cours de nos activités extérieures.
Morgane : Nous sommes arrivés une semaine avant la rentrée. Chaque jour nous étions avec un étudiant différent chargé
de nous faire visiter la ville, découvrir tout le sud de Bombay. Nous avons aussi pris en charge les premières démarches (téléphone, internet …) avec eux. Ces étudiants ont tous été
particulièrement attentifs à nous lors de ces premiers pas indiens, et nous gardons de bons contacts avec eux.
Le premier jour de cours est
passé très vite. Ils nous ont demandé d’où nous venions, pourquoi nous étions la et pour combien de temps. Ensuite, la responsable, Neelam est entrée, a fait un petit discours de rentrée comme
tous les professeurs du monde et puis a expliqué notre situation à la classe.
Nous avons appris par la
suite, que lorsque nous avons quitté la classe ce jour là, Neelam a rallongé son discours pour demander expressément aux étudiants de ne pas nous emmener boire, de ne pas fumer avec nous, de ne
pas nous emmener en boites, parce que ça n’est pas sérieux. Ce petit discours a fait sourire les étudiant indiens, et une fois qu’il nous a été rapporté nous a fait rire ! Nous avons parfois
pris quelques verres avec des étudiants, et après tout, nous nous ressemblons beaucoup entre l’inde et la France !!
Les étudiants ont été adorable
avec nous dès le début, ceux de la classe et les autres. Malgré tout nous sommes privilégié par les professeurs, il reste donc toujours un écart entre eux et nous. De plus, les étudiants Indiens
sont sérieux et travailleurs pour la majorité, or, nous sommes en année d’échange, donc libérés de nos obligations scolaires dans une certaine mesure. Ces différences se retrouvent dans la façon
dont ils se comportent avec nous.
A SUIVRE
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