Samedi 4 juin 2011 6 04 /06 /Juin /2011 05:44

ftoeermeonab.jpgBaba Ramdev est un gourou indien, acharné partisan du yoga, qui fait beaucoup parler de lui en ce moment car il va entamer une grève de la faim pour faire aboutir ses revendications, un mouvement qui s’inscrit dans la lutte que mène l’activiste social Anna Hazare avec la Lokpal Bill (loi anti corruption). Deux raisons nous amènent à vous parler de ce gourou. La première est qu’il est vraiment très connu en Inde et que des millions d’indiens se réclament de lui ; son influence est réelle. La seconde raison est que les thèmes qui sont chers à ce gourou sont parfois incompréhensibles pour nous car se nourrissant d’un nationalisme forcené.

Le moins que l’on puisse dire est que ce personnage est complexe. L’influence qu’il exerce révèle cependant l’Inde profonde partagée entre des sentiments nobles et les vieilles tentations archaïques du nationalisme, un nationalisme bien ancré dans l’hindouisme.

   

Commençons par la vie de Baba Ramdev.


Né en 1965, on dit qu’il a fortement été inspiré par les portraits de Ram Prasad Bismil (nationaliste indien pendu par les britanniques en 1927) et de Chandra Bose (un autre nationaliste indien qui fit allégeance aux nazis durant le deuxième guerre mondiale), portraits qui étaient dans sa chambre.


Baba Ramdev se lance très tôt dans l’étude du yoga qui est aujourd’hui le centre de son action.  Il fonde en 2003 le Divya Yog Mandir Trust qui fait la promotion du yoga et vend des plantes médicinales. C’est dans ce cadre qu’il anime des émissions de télévision consacrées au yoga. Son action de « popularisation » du yoga fait dire au New York Times qu’il a bâti l’empire du yoga.


Il créée également un centre de soins gigantesque qui offre des soins gratuits à ceux qui n’ont pas les moyens de se faire soigner ailleurs. Il publie aussi un journal en 11 langues qui a plus d’un million de lecteurs.


Baba Ramdev n’a pas d’ambitions politiques mais il veut intervenir dans la vie publique et notamment dans la gouvernance politique ; à ce titre, il s’exprime régulièrement. Il a lancé un mouvement appelé le Bharat Swabhiman (Swabhiman pouvant se traduire par self-respect, le nom du mouvement se traduisant par «  l’Inde qui se respecte »). Ce mouvement poursuit cinq objectifs : 100% de participation aux votes, 100% de pensées nationalistes, 100% de boycott des entreprises étrangères, 100% d’unité nationale et 100% de nation fondée sur le yoga (yoga-oriented nation).


Mais surtout, ce mouvement part en guerre contre l’argeramdev_648563f.jpgnt sale et la corruption. Dans les camps de yoga qu’il organise partout on parle aussi de nourriture. Il fait la guerre au fast-food et aux soft-drinks (dont bien sûr Coca-Cola) en disant que ces soft-drinks ne sont bons que comme produits pour nettoyer les toilettes. Il a l’art des formules choc comme : « Ne transférons pas la santé des indiens aux compagnies multinationales ». Il se bat aussi contre l’utilisation des engrais chimiques et défend l’idée que l’agriculture est le secteur économique le plus important.


Il se bat également pour que les cours d’éducation sexuelle à l’école soient remplacés par des cours de yoga. Lorsque l’Inde a décriminalisé l’homosexualité en 2009, Baba Ramdev a déclaré que les homosexuels étaient des malades et qu’il fallait les soigner ; il a ajouté : « Nous sommes des aveugles pour suivre ainsi tout ce qui vient de l’Occident ».


En ce qui concerne la lutte contre la corruption, il faut reconnaître que Baba Ramdev est l’une des voix les plus actives. C’est à ce titre qu’il soutient Anna Hazare.


En février dernier il a fait connaître ses propositions pour lutter contre l’argent sale (et la corruption) : retrait de la circulation des billets de Rs. 500 et Rs. 1000, signature de la convention de l’ONU contre la corruption (qui attend la signature de l’Inde depuis 2006), instauration de la peine de mort pour les corrompus, examen des comptes bancaires des personnes qui ont des cartes de crédit de banques étrangères, interdiction de travailler avec les paradis fiscaux.


Son objectif est de rapatrier en Inde l’argent sale des indiens qui se trouvent dans des banques à l’étranger et de bâtir une Inde spirituelle.


D’où sa grève de la faim qui risque d’être suivie par des centaines de disciples en Inde. Le premier ministre lui a écrit pour lui demander de renoncer à cette action, mais Baba Ramdev n’a pas cédé. Il a déclaré qu’il maintenait toutes ses revendications qui comprennent, outre celles rappelées plus haut : instauration d’une Lokpal Bill plus sévère (peine de mort) surtout pour les fonctionnaires et les hommes politiques corrompus, remplacer le système administratif hérité des anglais par un système indien (mais on ne sait pas très bien ce que cela veut dire), réformer le code électoral pour que le premier ministre soit élu au suffrage universel direct, augmenter les subventions des denrées agricoles de première nécessité, abolition de la loi sur l’acquisition des terres (afin de protéger les fermiers), promouvoir l’hindi au lieu de l’anglais.


On le voit, la lutte contre la corruption prend, avec Baba Ramdev, une tournure beaucoup plus nationaliste. Toujours est-il que ces récents événements auront un impact considérable dans l’opinion et que ce nouveau courant d’influence, parce qu’il échappe assez largement à la sphère des partis politiques, inspire une grande inquiétude au gouvernement et à la classe politique.


Mais que se cache-t-il derrière tout cela ?


Baba Ramdev compte environ 2 millions de disciples ce qui est peu à l’éRamdev.jpgchelle du pays. Sauf que ces disciples sont, pour beaucoup d’entre eux, des membres du RSS ce mouvement qui est lié au parti politique BJB qui incarne la droite nationaliste hindoue. Et si le gouvernement a peur (sinon il n’aurait pas envoyé 4 ministres l’accueillir à l’aéroport de Delhi il y a deux jours) c’est parce qu’il sait que les disciples de Ramdev sont organisés et savent mener des actions visibles et médiatiques. Et hier vendredi, les deux poids lourds du gouvernement, les ministres des finances et de l’intérieur, ont annulé leurs rendez-vous pour tenter une dernière médiation pendant deux heures.


Beaucoup d’indiens considèrent aussi que Baba Ramdev n’est pas forcément quelqu’un de 100% recommandable ; des soupçons pèsent sur l’origine des sommes reçues par ses fondations.


De fait on sent bien que le monde des gourous est décidemment bien opaque.


Quoiqu’il en soit, l’Inde est sensible à la corde qui fait vibrer ses racines et l’action de Baba Ramdev montre que le courant nationaliste hindou rejoint la lutte contre la corruption.


Sur ce sujet de la Lokpal Bill, le paysage risque d’être fort animé pendant les jours et semaines à venir.

 ramdev baba corruption politics yoga enema

 

 

 

 

Hemant Morparia nous envoie ce matin ce très bon dessin; enema en anglais veut dire lavement (lavement d'estomac).

Par Olivia et Geoffroy - Publié dans : Actualité et société - Communauté : Les amoureux de l'Inde
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 3 juin 2011 5 03 /06 /Juin /2011 10:24

racines.jpg

 

L'Association les comptoirs de l'Inde nous informe que la dédicace du livre de Prithwindra MUKHERJEE, Les racines intellectuelles du mouvement d’indépendance de l’Inde (Editions Codex) aura lieu samedi 4 juin au siège de l'association à 16h.

 

Cet événement est organisé en liaison avec GOPIO France et le groupe de réflexion franco-indien.

 

Entrée libre pour tous.

 

 

Nous avions parlé de cet excellent livre récemment :

http://www.indiablognote.com/article-les-racines-intellectuelles-du-mouvement-d-independance-de-l-inde-1893-1918-59987605.html

  

  

Association les Comptoirs de l’Inde

60 rue des Vignoles

75020, Paris

Tél. : 01 46 59 02 12

Mail : comptoirs-inde@wanadoo.fr

Site : http://www.comptoirsinde.org

 

 

 

 

 

 

 

Par Olivia et Geoffroy - Publié dans : Lectures - Communauté : Les amoureux de l'Inde
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 2 juin 2011 4 02 /06 /Juin /2011 16:18

Mumbai-1.jpg Ciel noir ce soir à Bombay et une pluie d'une demie heure !!!

 

Serait-ce le début de la mousson avec deux semaines d'avance ??

Par Olivia et Geoffroy - Publié dans : Bombay
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Jeudi 2 juin 2011 4 02 /06 /Juin /2011 10:09

RAMDEV__HAZARE__647565f.jpgLe feuilleton de la Lokpal Bill continue mais cette fois-ci avec un acteur supplémentaire; en effet le célèbre gourou Baba Ramdev s’est joint au mouvement et va entamer une grève de la faim.

 

Anna Hazare a rappelé que le gouvernement avait beaucoup déçu lors de la dernière réunion du comité ad hoc et se trouve maintenant très appuyé par Baba Ramdev qui a demandé que l’on en termine avec l’argent sale et la corruption, et Baba Ramdev est un gourou très écouté dans le pays (nous écrirons prochainement un article sur ce gourou qui occupe un espace particulier dans la sphère collective indienne).

 

Hier Baba Ramdev s’est rendu à Delhi et le gouvernement a envoyé pas moins de quatre ministres pour l’accueillir à l’aéroport ; les ministres ont alors tenté, deux heures durant, de le dissuader d’entreprendre cette grève de la faim. La réaction du gouvernement a cependant été critiquée par certains membres du Parti du Congrès qui ont dit ne pas avoir peur du gourou.

 

Les deus sages en ont assez des belles paroles et veulent des actes. La grève de la faim programmée de Baba Ramdev provoquera certainement beaucoup de réactions dans l’opinion publique.

 

On le voit, dans cette grande démocratie, la voix du peuple a du mal à se faire entendre. lok-pal-bill-killers.jpg

 

 

 

 

 

 

 

Le dessin ci-contre est signé Morparia. La bulle évoque la Lokpal Bill qui devient ici Lok Pall, Pallbearers en anglais voulant dire croque-mort.

Par Olivia et Geoffroy - Publié dans : Actualité et société - Communauté : Les amoureux de l'Inde
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 1 juin 2011 3 01 /06 /Juin /2011 10:47

geoffroy-pic.jpgPlusieurs lecteurs (en fait 3 !) ayant exprimé leur souhait (souhait mâtiné de scepticisme chez certains...) de voir le résultat,  du travail de ce photographe, voici le résultat.

 

Ils avaient raison car le photographe a pris la photo à l'envers ! Je vais devoir y retourner !

 

Blague à part, pour 6 photos, c'est 30 roupies soit 0.50 €...

 

 

Par Olivia et Geoffroy - Publié dans : Vie quotidienne - Communauté : Les amoureux de l'Inde
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mardi 31 mai 2011 2 31 /05 /Mai /2011 15:48

Je dois me faire faire trois photos, format passeport, pour la procédure d'obtention du visa pour le Bangladesh, pays dans lequel je dois me rendre d'ici trois semaines. Notre Santosh me dépose donc devant cette petite échoppe prés de chez nous qui ne doit pas dépasser les 4 m2.

 

Entre le moment où je suis entré et le moment où je suis sorti de l'échoppe, il ne s'est pas écoulé plus d'une minute ! Aussitôt arrivé, le photographe me demande ce que  je veux, je lui explique, c'est rapide; il me fait asseoir sur le tabouret de service, relève le fond d'écran noir pour que le fond d'écran blanc apparaisse, saisit son appareil numérique, allume un projecteur, me fait mettre la tête dans un axe dont la verticalité m'échappe, appuie sur le déclencheur de son appareil et s'aperçoit que la pile de son flash est morte, d'un tour de main ouvre un tiroir puis le boitier de son flash, change la pile, vise à nouveau ma tête et prend le cliché. Puis il me tend un papier pour que j'écrive mon nom et me demande si cela ira pour demain.

 

Tout cela n'a duré qu'une minute ! Au pays qui intègre dans ses repères subconscients la durée d'un cycle de l'univers (environ 4 milliards d'années) voila qui tient du miracle. Mais ainsi en est-il de l'Inde de la rue, agile dans ses gestes répétitifs. Tous ne sont pas ainsi, mais ceux qui sont agiles le sont à la vitesse grand V.

 

Voila qui me fait penser à un visiteur du siège qui venant à Bombay s'aperçoit à son premier rendez-vous qu'il a oublié ses cartes de visites. De la banque nous appellons un imprimeur du coin qui vient aussitôt, prend la dernière carte de visite de notre distrait visiteur. Deux heures après il reviendra avec 100 cartes de visites parfaitement imprimées. Mais il facturera le service super express, soit 800 Rs (environ 12€).

 

Dans un pays où l'on n'aime pas prévoir et anticiper, l'improvisation est ici parfaitement organisée !

Par Olivia et Geoffroy - Publié dans : Vie quotidienne - Communauté : Les amoureux de l'Inde
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Lundi 30 mai 2011 1 30 /05 /Mai /2011 16:17

Notre ami Frédéric Bobin vient de signer un excellent article dans "Le Monde".

 

Il s'agit de ce qui se passe à la frontière indo-pakistanaise entre Lahore et Amritsar. Comme toujours c'est très bien écrit !

 

Il y a plusieurs mois, nous avions eu un déjeuner des plus intéresants avec nos amis Frédéric Bobin,  Jean-Marie et Rehana Lafont (deux grands connaisseurs de l'Inde et du Pakistan) à Delhi et nous avions évoqué ce sujet, cet endroit que Jean-Marie et Rehana connaissent bien.

 

A lire sur :

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2011/05/27/a-wagah-le-drole-de-front_1528325_3216.html

 

 

Par Olivia et Geoffroy - Publié dans : Racines, emblèmes et portraits de l'Inde - Communauté : Les amoureux de l'Inde
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 30 mai 2011 1 30 /05 /Mai /2011 10:30

anna_645062e.jpgNous avons déjà abordé le sujet de la Lokpal Bill, cette fameuse loi devant instituer une Commission spécialisée ayant des pouvoirs d'investigation les plus parges contre les fonctionnaires ou politiciens soupçonnés ou impliqués dans des actes de corruption.

 

Il y a deux mois, un activiste social, Anna Hazare (photo), avait entamé une grève de la faim afin d'obtenir l'engagement du gouvernement de mettre en place ce dispositif en concertation avec des représentants de la société civile. Cette grève de la faim avait eu un écho important dans le pays obligeant le premier ministre à accéder à cette demande.

 

Depuis les représentants du gouvernement et ceux de la société civile se sont rencontrés à plusieurs reprises ; mais, lors de la réunion d'aujourd'hui, ils se sont quittés en faisant le constat d'une impasse. Le gouvernement ne voudrait inclure dans le champ d'investigation de cet organisme qu'un nombre limité de fonctionnaires et pas le premier ministre ni les parlementaires soupçonnés de corruption pendant leur mandat.

 

Il semble que le gouvernement fait marche arrière. C'est tout à fait regrettable. Autant nous pouvons compendre que le prermier ministre soit exclu du champ d'investigation de cet organisme (à l'instar de ce qui existe en France pour le président, car ici le premier ministre est comparable à notre président en termes de pouvoirs), mais il est inconcevable de ne pas inclure tous les fonctionnaires et les députés. une majorité d'entre eux, en Inde, étant corrompus.

 

Dans l'immédiat les parties doivent se revoir les 6 et 10 juin.

 

Si nous suivons cette affaire avec beaucoup d'intérêt c'est tout simplement parce que l'on assiste à la naissance d'un véritable mouvement anti-corruption (ce qui est nouveau) et que cette Lokpal Bill est une occasion inespérée d'ériger un contre-pouvoir anti-corruption dans un pays qui en a grandement besoin.

 

Cela risque cependant de se transformer en occasion manquée.

Par Olivia et Geoffroy - Publié dans : Actualité et société - Communauté : Les amoureux de l'Inde
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 29 mai 2011 7 29 /05 /Mai /2011 10:28

Big B, c'est Amithab Bachchan la star indienne la plus célèbre ! Comédien et acteur, il est l'indien le plus connu du show-business.

 

Mais en Inde, les stars s'affichent partout et notamment dans la pub ! Il n'y  a pas d'équivalent en France mais c'est comme si on voyait, au cours du même mois, Gérard Depardieu faire de la pub pour la Vache qui rit, le dernier produit financier de la Poste,  le dernier yaourt Danone, la laque pour homme de chez l'Oréal, les ciments Lafarge et les pneus Michelin !

 

Finalement, le non mélange des genres a du bon !

 

Mais plus sérieusement si Monsieur Big B faisait des pubs pour diminuer le nombre d'avortement d'embryons filles, pour responsabiliser les conducteurs indiens ou pour dénoncer la corruption, cela serait plus utile à la collectivité !

 

On vous laisse regarder ce quel'on voit tous les jours, avec le fameux big B...  

 

8856_bachchan_maxvijay.jpg

amitabh_hajmola_ad-223x300.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

bbscan.jpg

Binani_Cement_287171248.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

kbc-16-700x613.jpg

pr_this_close_ad_bachchan_en.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

M_Id_197823_ICICI_Pru_Life.jpg

Par Olivia et Geoffroy - Publié dans : Actualité et société - Communauté : Les amoureux de l'Inde
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 28 mai 2011 6 28 /05 /Mai /2011 08:27

Cela est peu connu mais il y eut une présence québécoise aux Indes, du temps de la colonisation britannique. Et parmi eux, il faut signaler cette famille Lotbinière dont plusieurs membres viendront en Inde. La famille Lotbinière est une des familles anciennes du Québec, titulaire d’une Seigneurie, héritage importé de l’ancien Régime. Le plus célèbre des Lotbinière fut Hector Joly de Lotbinière, premier ministre du Québec (1878-1879) et gouverneur de la Colombie-Britannique (1900-1906). Son frère Edmond-Gustave (1832-1857), ses fils, Henri-Gustave (1868-1960) et Alain (1862-1944), et ses petits-fils Henri Alain (1896-1985) et Edmond (1903-1996) ont tous travaillé en Inde.

 

Nous nous arrêterons plus particulièrement sur Edmond-Gustave qui viendra à deux reprise sen Inde comme lieutenant de l’armée des Indes et qui sera tué à Lucknow lors de la fameuse Révolte des Cipayes (1857/1858).

 

Enrôlé dans l’armée britannique en 1849, il attendait le jour de son départ pour l’Inde. L’appel survint l’année suivante lorsqu’il fut envoyé à Bombay. Arrivé au mois d’août 1850, il visita Allahabad, Varanassi et Delhi avant d’être affecté une année à Jullundhur. Ses voeux seront exaucés quand il apprendra qu’il sera envoyé dans les environs de Peshawar. Durant son séjour de trois années au Cachemire il se mit à l’étude du perse. Il quitta l’Inde en 1855 pour rejoindre les forces britanniques qui entouraient Sébastopol durant la guerre de Crimée (1854-56). Mais il tombera malade et sera rapatrié en Angleterre.

 

Afin de moderniser la milice canadienne, une nouvelle loi sera adoptée en 1855 qui prévoyait l’entraînement de volontaires prêts à offrir leur service à l’empire. La milice de Québec devait servir principalement à maintenir l’ordre dans la colonie tout en préparant une force militaire capable de remplacer les troupes britanniques interpellées ailleurs dans le monde. Lorsque se déclara la guerre de 1857, la milice de Québengal-native.jpgbec se porta volontaire pour épauler les forces britanniques en Inde. C’était la première fois dans l’histoire du Québec qu’un bataillon se portait volontaire outre-mer. De retour au Canada après la guerre de Crimée, Edmond-Gustave repartit pour l’Europe où il apprit la nouvelle de la guerre en Inde. Sans attendre, il s’embarqua sur un navire qui le ramena à Calcutta.

 

Arrivé au mois d’août 1857, il voulut rejoindre son 32e régiment, assiégé à Lucknow. Dans une lettre adressée à ses parents: « Me voici enfin arrivé à la fin de ce long et désagréable voyage. Mais quelles nouvelles! Tout le Bengale est soulevé. Les Indiens ont commis des meurtres et des crimes atroces surtout contre les pauvres femmes c’est quelque chose d’atroce ce qu’ils leur ont fait endurer. Le peuple est tellement excité et agité que je me fais tout servir tranquillement. Mon pauvre Régiment est à ce que l’on croirait exterminé; l’on a pour certain les morts de 5 officiers – Toutes les femmes et enfants furent massacrées à Campore [Kanpur] où on les avait laissés pour plus grande sûreté. Les mutins sont pires que les Chinois. Ils tendent aux Indiens de l’Amérique. [...] Gare à ces canailles si je les trouve au bout de mon revolver! »

 

Le journal d’Edmond-Gustave contient de longs descriptifs de ses patrouilles durant son séjour en Inde. Dans une lettre à son père en juin 1850, il écrit « on nous fait espérer que l’hiver prochain, dans 5 mois, nous aurons une campagne dans le Caboul ou au Cachemire ».

 

Son désir de faire ses preuves dans des campagnes historiques est flagrant lorsqu’il déclare à sa mère en mai 1850: « Dans quelques mois je vais être envoyé dans une campagne; combat, gloire, honneur, voilà à quoi j’aspire. Temps heureux, Oh! Approche. Mais au lieu de ce bel avenir si c’était tout le contraire. Si au lieu d’avancer au combat; je reculais; au lieu de la gloire la honte au lieu des honneurs; la lâcheté. Mais non, à l’exaltation que j’éprouve, seulement en y pensant je ne peux pas me conduire ainsi. Impossible ».

 

Un passage intéressant du journal ajoute de la lumière sur la grandeur des guerres coloniales effectuées par l’Angleterre comme celle de l’opium. Lors de son séjour à Calcutta, Edmond-Gustave rencontra Lord Elgin, ancien Gouverneur Général du Canada, en route vers la Chine pour mettre un terme à la deuxième guerre de l’opium et forcer la signature du traité Tianjin qui en aurait légalisé le commerce. Ce commerce valait bien une guerre contre la Chine puisque l’opium servait à contrebalancer le déficit commercial généré par des importations mabe081810_lores.jpgssives de thé. L’utilisation récréative de l’opium connaissait le sort de la mondialisation coloniale, libre-échange oblige, quand l’Angleterre jouissait du monopole de production en Inde et de vente en Chine, ses canons pouvaient défendre sa diffusion. En pleine guerre de résistance, Edmond-Gustave rencontra Elgin et lui expliqua son désir de rejoindre son bataillon et de défendre l’empire. Elgin refusa de lui accorder une permission jugeant l’audace périlleuse. Malgré tout, Edmond-Gustave put se rendre à Lucknow où il mourut.

 

Au dix-neuvième siècle, il n’y avait pas de restriction à consommer de l’opium contrairement à aujourd’hui. Cette drogue gagnait en popularité pas seulement en Chine mais en Occident également. En plus, elle fut un outil indispensable de l’impérialisme. L’Angleterre en Inde, les Hollandais en Indonésie, les Américains en Turquie et les Français en Indochine ont tous utilisé cette plante payante (cash-crop) à des fins impérialistes. Après avoir consommé des cigares d’opium à Southampton, Edmond-Gustave explique candidement à son père son aventure avec l’opium en mars 1850 :

« Je suis tombé comme une masse de plomb, mes yeux se ferment et alors, chose incroyable, je fais les rêves les plus singuliers tout en entendant (tout) le bruit qui se fait autour de moi [...] Me croyant attaqué d’une fièvre quelconque, là je m’endors de nouveau, et de nouveau je fais des rêves assez agréables. [lendemain matin]. J’aipensé immédiatement que dans ces cigares on avait mis de l’opium; je suis allé chez la marchande qui m’a avoué qu’elle avait des cigares faits à l’opium, et comme ils ressemblent beaucoup à ceux que j’avais fumés par mégarde elle les avait peut-être mêlés. A l’heure qu’il est, je ne m’en ressens plus du tout, je suis même assez content car je désirais connaître quel effet l’opium a sur vous ».

 

Ce premier Lotbinière au Cachemire symbolise aussi le début de la suprématie anglaise sur le monde. Les prochains Lotbinière qui se pointeront au Cachemire aideront à consolider cet empire, non par les armes mais par la technologie.

 

 

Source

Synergies Inde n° 3 - 2008 pp. 129-140

Serge Granger - Université de Sherbrooke

Les Lotbinière au Cachemire avant la première guerre mondiale

Par Olivia et Geoffroy - Publié dans : Histoire - Communauté : Histoire
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Blog Translation

English

Meteo

click for Bombay, India Forecast

Visiteurs depuis avril 2010

free counters

Partager

Recherche

Annonces

Nouveaux Arrivants : conseils

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés